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vendredi 15 juillet 2016

En rayon, le Ventoux de Roland Barthes

Je m'endors hier avec la certitude que l'image du jour, toute actualité confondue, sera la course pédestre de Froome dans le Ventoux.
Je m'éveille tout à l'heure, le carnage du 14 juillet à Nice a remplacé l'incongruité de la scène par l'absurde du drame. 
Néanmoins, pour être retourné un peu, hier aussi, dans les livres de Roland Barthes, je savais que je n'en avais pas vraiment fini avec le Ventoux. Et peut-être ce paragraphe de Mythologies nous aidera-t-il, non à purger notre esprit de la douleur qui l'habite, mais peut-être à rendre celle-ci moins insupportable.
L’étape qui subit la personnification la plus forte, c’est l’étape du mont Ventoux. Les grands cols, alpins ou pyrénéens, pour durs qu’ils soient, restent malgré tout des passages, ils sont sentis comme des objets à traverser ; le col est trou, il accède difficilement à la personne ; le Ventoux, lui, a la plénitude du mont, c’est un dieu du Mal, auquel il faut sacrifier. Véritable Moloch, despote des cyclistes, il ne pardonne jamais aux faibles, se fait payer un tribut injuste de souffrances. Physiquement, le Ventoux est affreux : chauve (atteint de séborrhée sèche, dit L’Équipe), il est l’esprit même du Sec ; son climat absolu (il est bien plus une essence de climat qu’un espace géographique) en fait un terrain damné, un lieu d’épreuve pour le héros, quelque chose comme un enfer supérieur où le cycliste définira la vérité de son salut : il vaincra le dragon, soit avec l’aide d’un dieu (Gaul, ami de Phœbus), soit par pur prométhéisme, opposant à ce dieu du Mal, un démon encore plus dur (Bobet, Satan de la bicyclette).

jeudi 14 juillet 2016

En rayon et en roue libre, Antoine Blondin au Ventoux

On ne pouvait pas ne pas le ressortir du rayon, d'autant que plusieurs rééditions récentes ont remis Antoine Blondin en selle. 
Jusqu'en haut du Ventoux?
Pas tout à fait, cet après-midi, pour les coureurs du Tour de France, puisque le vent amputera l'ascension de quelques kilomètres. Les maillots aux couleurs diverses ne s'en plaindront pas, sauf peut-être un râleur, autre manière de dire mauvais perdant.
La légende du sport cycliste s'enrichira, ou non, d'une nouvelle page aujourd'hui. Et on reviendra encore, chaque année, à cette autre légende qu'est Antoine Blondin dont un article recueilli dans Sur le Tour de France évoque - il n'était pas possible de le contourner - le mont Ventoux.
Parmi les terrains de haute compétition proposés à l’effort cycliste, le Ventoux, comme d’ailleurs le puy de Dôme, est de ceux dont l’action se traduit non seulement par une incidence mécanique, mais par la puissance obsessionnelle de leurs envoûtements. Peu de souvenirs heureux s’attachent à ce chaudron de sorcière (en relief) qu’on n’aborde pas de gaieté de cœur. Nous y avons vu des coureurs raisonnables confiner à la folie sous l’effet de la chaleur et des stimulants, certains redescendre les lacets alors qu’ils croyaient les gravir, d’autres brandir leur gonfleur au-dessus de nos têtes en nous traitant d’assassins.
Ce jour-là, Tom Simpson était mort...

mardi 27 juillet 2010

Tour de France: après le vélo, Raymond Dumay

J'ai longtemps cru que Raymond Dumay était l'auteur d'un seul livre, ou presque: un Guide du vin que je vendais par camions au rayon poche de la librairie où je travaillais dans les années soixante-dix. Oh! il avait aussi écrit sur les alcools et les jardins. Mais, n'ayant jamais, à l'époque, ouvert son ouvrage phare dont je me contentais d'encaisser le prix, je n'imaginais pas quelle était la culture de cet homme très fin, et combien je me régalerais plus tard d'autres textes sur lesquels Jean-Claude Pirotte a, ces dernières années, attiré l'attention.
Pour ceux qui seraient, depuis dimanche, orphelins du Tour de France et du duel à fleurets mouchetés que se sont livré Alberto Contador et Andy Schleck, voici quatre livres d'un coup, écrits par un Raymond Dumay qui profitait de ses étés pour courir la province au guidon d'un vélo... moteur baptisé Pégazou. Et, comme l'auteur, natif de Bourgogne.

Ma route de Bourgogne est sa première destination en 1948. Il connaît le coin, mais il est toujours prêt à se laisser aller au hasard des rencontres, à faire un détour pour fouiner dans les archives d'un chercheur méconnu, à cueillir des vers de poètes locaux. Et à boire le coup avec l'un ou l'autre. C'est un régal, qui appelle une suite.

En 1949, voici donc Raymond Dumay et Ma route d'Aquitaine. Toujours butinant entre passé et présent. Manquant Claude Roy, parti à Paris, mais trouvant chez lui Roger Vailland, de retour de Tchécoslovaquie - d'où Claude Roy lui enverra, un peu plus tard, un de ces poèmes qui ont fait de lui un écrivain majeur du 20ème siècle - majeur et pourtant si peu lu. Je profite de l'occasion pour citer quelques vers:
Très loin dans le dedans de mon écorce chaude,
Dans le noir embrouilli des veines et du sang,
Le poseur de questions tourne en rond, tourne et rôde,
Il veut savoir pourquoi tous ces gens, ces passants...
De quoi, j'espère, donner envie de lire à la fois Claude Roy et Raymond Dumay.

Ma route de Languedoc, en 1951, rappelle que le train, déjà chanté dans le volume précédent, est quand même le meilleur moyen de commencer un périple loin de Paris. Pour le poursuivre, bien entendu, sur Pégazou. Qui le conduit chez Jean Lebreau, écrivain bien oublié aujourd'hui mais qui mériterait peut-être, sous la houlette d'un excellent guide, une réhabilitation (je n'en sais rien, en fait, je dis ça à tout hasard, pour les curieux).
L'horizon du Languedoc est plus large qu'on pouvait le penser: nous partons, avec Monfreid, pour d'aventureux voyages dans le monde, de Bombay à Suez, de Djibouti aux Seychelles. Raymond Dumay conduit prudemment mais nous mène loin...

Pour une quatrième et dernière destination, en 1954, Ma route de Provence s'arrête sur le pont d'Avignon, point de départ d'une errance qui passe par Alphonse Daudet et son inévitable moulin, qui parle de Zola, d'André Suarès, de Pagnol, Cendrars, bien d'autres, et s'achève au pays de Giono et Bosco, avec une station au château de Sade.
Érudit sans prétention, Raymond Dumay est parfait dans son rôle et on regrette que le voyage s'arrête après ce quatrième volume...

samedi 4 juillet 2009

Une étape sur le porte-bagage de Jean-Noël Blanc

Tout à l'heure, c'est le Tour de France. Trois semaines pour revisiter l'Hexagone, pour applaudir les coureurs, pour voir passer la caravane. En espérant que les affaires de dopages ne gâcheront pas trop le plaisir...
Maurice, dit Momo, est un cycliste propre. Pas un champion, non. Mais un de ceux qui savent souffrir et peuvent, sans rechigner, se mettre à plat ventre pour leur leader - celui-ci est capable de prendre le maillot jaune, peut-être.
Ce jour-là, vers Briançon, en passant par le col de l'Izoard, voici pourtant Momo qui met Le nez à la fenêtre. Dans l'échappée, il mouline sans fatigue apparente. Ce ne sont que des apparences. Il a mal, comme tout le monde. La montagne ne pardonne pas trois millimètres d'erreur de réglage du vélo, elle n'oublie pas les kilomètres déjà abattus. Momo est en tête et vit une belle aventure, avec ses moments d'exaltation, rares, et ses coups d'abattement, nombreux.
Jean-Noël Blanc raconte une étape (difficile, l'étape) de l'intérieur. C'est un régal. En parallèle, Momo se souvient de sa vie, et les deux époques se rejoignent après l'arrivée, avec un bouquet final digne d'un feu d'artifice.
Ne mourez pas idiot: ne passez pas tout le Tour de France devant la télé, ouvrez ce livre! Vous ne le quitterez pas avant le dernier coup de pédale.