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mercredi 15 novembre 2017

Lycéen.ne.s du Renaudot et du Goncourt, même combat

Je faisais remarquer hier (je n'étais pas le seul, bien sûr, à avoir relevé cette singularité) que les jeunes juré.e.s du Goncourt avaient infléchi la tendance masculiniste des prix littéraires 2017 en ne retenant que des femmes dans leur dernière sélection. Le Renaudot des Lycéen.ne.s confirme que jeunes lecteurs et lectrices penchent vers une meilleure répartition des genres sous les lauriers. Kaouther Adimi, avec Nos richesses, est en effet leur lauréate, a-t-on appris hier soir.
Ce ne serait qu'un épisode anecdotique de la guerre des sexes, et pas nécessairement dans le champ littéraire, s'il ne s'agissait aussi d'un excellent roman, inspiré par la carrière de libraire et d'éditeur Edmond Charlot, installé jeune à Alger avec un minimum de moyens et un maximum d'enthousiasme.
Sa petite librairie devient un pôle culturel où se croisent, physiquement ou par leurs ouvrages, Jean Giono, Albert Camus, Jean Grenier, Antoine de Saint-Exupéry, Emmanuel Roblès, Vercors, j'en oublie dans l'effervescence qui règne malgré les difficultés d'une époque qui passe par la Seconde Guerre mondiale, puis par la guerre d'indépendance, et les années qui suivent ne sont pas beaucoup plus simples, d'autant que les ressources ne suivent jamais vraiment.
Kaouther Adimi regarde cette librairie, Les Vraies Richesses, au moment où un homme qui ne s'intéresse pas aux livres a été chargé de se débarrasser de tout ce qu'elle contient. C'est émouvant comme un monde voué à disparaître et qui pourtant s'accroche, fort de valeurs qui pour certains ont encore un sens.

jeudi 8 septembre 2016

Alice Zeniter, un colloque et une histoire d’amour

Du palmarès des prix littéraires 2015, Alice Zeniter, souvent citée, chaque fois recalée, avait failli être totalement absente. Le Renaudot des Lycéens avait, au dernier moment, rattrapé Juste avant l’oubli. L’idée était bonne, suivons-la une nouvelle fois à l'occasion de la réédition du roman au format de poche.
Car voici un roman, le quatrième si on compte celui de ses débuts à seize ans, composé avec autant de soin qu’une thèse de doctorat et autant de jubilation qu’une histoire d’amour noir. L’intelligence et la finesse forment un heureux mélange dans lequel saveurs et influences sont harmonieusement réparties, dans une palette qui va d’Agatha Christie à Laurent Binet. Les amateurs de tous les genres sont assurés de rencontrer ici un angle sous lequel ils trouveront du plaisir.
Il est question de Galwin Donnell, un écrivain mort dans l’île des Hébrides où il s’était retiré. Son corps n’a jamais été retrouvé, son dernier manuscrit n’est pas terminé. Ce qui n’empêche pas l’auteur d’être devenu un mythe, à moins que cela ait participé à l’édification du mythe. Les chercheurs du monde entier se sont penchés sur son œuvre et continuent à le faire, en particulier quand ils se retrouvent, tous les trois ans, à Mirhalay, sur les lieux où Donnell a passé ses dernières années. La compétition universitaire bat alors son plein, c’est à qui aura détecté, entre les lignes de l’œuvre, l’allusion la plus ténue à quelque thème encore inexploré. Les combats intellectuels se doublent, lors des promenades ou des repas, de flirts comme il en naît dans les circonstances propices de rassemblements hors du contexte habituel.
Rien n’est moins habituel en effet que ces colloques consacrés à un mort et à un personnage de fiction (Adrian Dickson Carr, le héros des romans de Donnell), dans un lieu qui se définit entre deux affirmations : « les gens de Mirhalay n’existent pas pour le reste du monde », ou : « le reste du monde n’existe pas pour les gens de Mirhalay. » Le huis clos est parfait, l’île étant peu et mal reliée à ce reste du monde.
Pourtant, cette fois, les spécialistes de Donnell ne sont pas tout à fait entre eux. Franck, qui déteste son prénom, qui n’est pas très fier de son travail d’infirmier, s’est invité dans la réunion privée. Il a une très bonne raison d’être là : sa compagne, Emilie, est une jeune émule des grands spécialistes de Donnell, elle prépare une thèse sur l’écrivain. Et, déjà un peu jaloux du sujet de thèse, bien que, rappelons-le, il soit mort, Franck se demande s’il ne trouvera pas, dans le prestige universitaire des invités aux colloques, d’autres occasions de nourrir des craintes sur l’attachement d’Emilie à sa modeste personne…
Ajoutons, entre autres données, la présence, à Mirhalay, d’un gardien très éloigné des préoccupations des visiteurs, et dont le rôle suscite un certain trouble. Un décor escarpé propre à exciter l’imaginaire. Un lieu habité par un fantôme. Tout ce qui n’est pas dit, aussi, et qu’on devine entre les lignes, entre les mots et les gestes. Alice Zeniter maîtrise les éléments de son récit comme si elle dirigeait un orchestre où les solistes les plus remuants se plient à sa volonté. Et, ensemble, jouent une œuvre dont la mélodie et les moments forts resteront gravés dans la mémoire.

vendredi 14 novembre 2014

Prix Renaudot et Goncourt des Lycéens

Le Renaudot des Lycéens n'a pas le même retentissement que le Goncourt des mêmes Lycéens - ou d'autres, en fait, mais l'essentiel est que ces jurés soient choisis dans une tranche d'âge où, déplore-t-on souvent, la lecture est un sport, ou un passe-temps, peu répandu.
Hier, en tout cas, les jeunes du Renaudot des Lycéens ont fait un excellent choix en donnant leur prix à un des très bons romans de la rentrée, oublié par tous les jurys d'adultes spécialisés. Eric Reinhardt, avec L'amour et les forêts, succède donc à Christophe Ono-dit-Biot, qui avait reçu la même récompense l'année dernière - en plus du Grand prix du roman de l'Académie française, ce qui laisse tous les espoirs à Eric Reinhardt, encore sélectionné pour l'Interallié. Et pour le Goncourt des Lycéens, dont on connaît, depuis hier aussi, la dernière sélection des six romans parmi lesquels se trouvera le lauréat, annoncé la semaine prochaine, le 18.
Voici cette liste:
  • Grégoire Delacourt. On ne voyait que le bonheur (Lattès)
  • Clara Dupont-Monod. Le roi disait que j'étais le diable (Grasset)
  • Benoît Duteurtre. L'ordinateur du paradis (Gallimard)
  • David Foenkinos. Charlotte (Gallimard)
  • Eric Reinhardt. L'amour et les forêts (Gallimard)
  • Joy Sorman. La peau de l'ours (Gallimard)

Lydie Salvayre, lauréate du "vrai" Goncourt, ne s'y trouve plus et nous n'aurons donc pas cette année, comme cela arrive parfois, de doublé.
En revanche, le Prix Rossel, dont je vous ai donné samedi la sélection, a quelques chances (deux sur cinq) d'aller à un livre déjà récompensé. Vous savez depuis hier que Jean-Pierre Orban a reçu le Prix du Premier Roman pour Vera, et c'est hier aussi (mais trop tard pour que j'en fasse mention ici le jour même) qu'In Koli Jean Bofane a été couronné par le Grand Prix du Roman Métis pour Congo Inc.
Si un de ces deux-là ne reçoit pas le Rossel, ce ne sera pas très grave: ils ont déjà réussi leur saison des prix littéraires.