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jeudi 4 avril 2019

Avril à la Bibliothèque malgache : Rwanda, 1995



Pierre Maury. Rwanda, 1995


Cet ouvrage date de plus de vingt ans. Mais, basé sur des séjours effectués dans les derniers mois de 1995, il était épuisé. Au vingt-cinquième anniversaire du génocide rwandais, il n’a pas semblé inutile de le rééditer.

Ce petit livre ne prétend pas offrir LA vérité sur le Rwanda d’aujourd’hui. La réalité est complexe, elle ne se dévoile souvent qu’en étant envisagée de points de vues différents, voire contradictoires. Prétendre l’appréhender supposerait une longue enquête, bien plus longue en tout cas que ne l’a permis un séjour d’un mois, en deux parties, en octobre et en décembre 1995.
Pourquoi, alors, ajouter encore à la masse des publications qui, depuis la fin de la guerre en juillet 1994, se sont succédé dans les librairies, sans parler des milliers d’articles publiés dans la presse ? Pour dire autre chose, ou au moins essayer de dire autre chose, pour proposer, du Rwanda dans sa deuxième année de renaissance après un génocide inqualifiable, qui dépasse dans l’horreur les capacités d’une imagination humaine normalement constituée, une image qui ne s’arrête pas aux événements de 1994, sans pour autant les oublier.
Au point de départ, un hasard qui devient une chance : arrivé au Rwanda sans but précis, sans article à écrire, avec pour seule motivation de rencontrer des gens qui vivent là – pas des Européens, des Rwandais –, je n’ai vécu à aucun moment l’existence « normale » du journaliste en reportage. Celui-ci a rarement le temps de se mêler à la population locale sans objectif immédiat, sans rentabiliser très vite son séjour par des articles. Alors, il pare au plus pressé, vit à l’hôtel et fait de rapides incursions dans les endroits qu’on veut bien lui montrer. Parfois il interviewe des personnalités officielles. S’il est assez lucide pour décoder les discours qu’on lui assène à longueur de journée, tout cela lui donne, souvent, une idée assez précise des grandes orientations qui sont celles d’un pays. Mais il est loin de rendre compte de ce qu’est la vie quotidienne de ce pays. Et pour cause : il ne la partage pas.
Mon expérience, par la force des choses, a été très différente. Accueilli dans une famille, puis dans une autre, puis dans une troisième encore, j’ai partagé la vie quotidienne de Rwandais appartenant à des classes sociales diverses, mais qui avaient pour point commun de n’être pas directement liés à la vie politique du pays. C’étaient des citoyens comme les autres, ou presque. Presque : le hasard a voulu que je rencontre surtout des Tutsis – pas tout à fait le hasard, les circonstances historiques ont fait d’eux la plus grande partie des exilés avant 1994 et m’ont fourni, au départ de la Belgique, les premiers contacts, prolongés sur place. Ce n’est évidemment pas indifférent…
Néanmoins, il m’a paru utile de rapporter les choses vues dans ce contexte limité. L’écart est grand, en effet, avec les reportages habituellement effectués dans la région. Une fois encore, c’est peut-être en partant sans idée de reportage qu’on est capable de rendre compte au plus près de la vie d’une population.
Il ne s’agit pas non plus, du point de vue d’un spécialiste de l’Afrique noire. Je suis arrivé là doté d’une certaine naïveté, sans rien connaître des habitudes locales, ou pas grand-chose : ce qu’on m’en avait dit en Belgique, et qui avait quand même tempéré un peu ma naïveté d’Européen, de Blanc débarquant dans un monde totalement étranger.
Ces notes paraîtront, pour quelques-unes en tout cas, trop évidentes aux yeux de ceux qui ont déjà voyagé là-bas et pour lesquels le contraste dans les modes de vie entre l’Europe et l’Afrique noire n’est plus depuis longtemps un sujet d’étonnement. Il n’empêche que, je l’ai constaté autour de moi, ce continent reste encore si méconnu que même les évidences sont parfois bonnes à dire.
Ouvrir les yeux et les oreilles. Je n’aurai rien fait d’autre, transcrivant les images et les propos avec une honnêteté aussi scrupuleuse que possible, sans rien cacher ni des contradictions visibles ni des sentiments contradictoires qu’elles font naître. Sauf pour les quelques personnages officiels, présents malgré tout dans certaines rencontres et qui m’ont apporté des informations précises, je n’ai pas gardé les noms de celles et ceux qui furent mes guides et mes médiateurs. Dans un pays dont l’équilibre reste très fragile, on ne sait ce que sera demain, et il aurait pu être dangereux, pour certains, d’être reconnus un jour ou l’autre. Ceux-là ont cependant toute ma reconnaissance, et bien davantage.

1,99 euros ou 6.000 ariary
ISBN 978-2-37363-082-4

Presse

C’est par tout ce qu’il ne dit pas que ce petit livre représente un témoignage exceptionnel : il ne parle pas de politique, ne livre aucune « clé » idéologique, n’évoque jamais nommément le génocide. Simplement, il parle de la vie, qui a triomphé sur la trame de la mort, et l’auteur conclut, à l’instar de bien des Rwandais : après cela, je ne serai plus jamais pareil.
Colette Braeckman (Le Soir, 21 septembre 1996).

Les stigmates de la guerre et les travaux de reconstruction, les petits commerces de rue, les lieux de sorties nocturnes, l’orga­nisation familiale, les préparatifs d’un repas, d’un mariage… : c’est la vie au fil des jours qui surgit sous sa plume, non sous la forme d’une chronique, d’un récit de voyage pro­prement dit, mais dans la succession de brefs chapitres où les observations sont rapportées par thèmes. Ce petit livre (il fait moins de cent pages) se révèle attachant, précieux, par la modestie même de son propos et par la réserve de son écriture.
Carmelo Virone (Le Carnet et les Instants, 15 novembre 1996 – 15 janvier 1997).

mardi 29 septembre 2015

Reflet brouillé dans un miroir

J'ai fait, la semaine dernière, une étrange rencontre avec moi-même. Étrange, parce que je ne me suis pas reconnu. L'effet, vous en conviendrez aisément, peut être troublant. Il le fut. Et m'a décidé à me lancer dans quelques recherches afin de déterminer qui, du miroir ou de moi, avait tort ou raison.
Suis-je bien celui que je dis et pense être? Ou un autre, tel qu'on le décrit ici?
Ici, c'est l'excellente anthologie de René Godenne, Nouvelles belges à l'usage de tous. Dans laquelle même les spécialistes de cet espace littéraire trouveront, je crois, quelques textes qu'ils n'attendaient pas. C'est la grandeur d'une anthologie que de proposer des découvertes et de quitter les chemins les plus prévisibles, arpentés par tous ceux qui avaient déjà, dans le passé, rassemblé quelque florilège en partant du même vaste corpus.
Et voilà que, dans une postface éclairée et bourrée de références - René Godenne est un impénitent bibliographe, qu'on le prenne comme un compliment -, je me croise donc. Je cite.
En 1986, on doit à un journaliste belge, Pierre Maury, Les 30 meilleures nouvelles de la littérature française (Liège, Marabout): une édition augmentée et remaniée des Vingt meilleures nouvelles françaises (1956, éd. Alain Bosquet); en 1987, le même Pierre Maury et Michel Dupuis imaginent – la gageure! – une anthologie des 20 meilleures nouvelles de la littérature mondiale (sans Belge!).
A priori, il est plaisant de constater que cet ouvrage déjà ancien et celui qui, en collaboration, lui a succédé dans la foulée ne sont pas totalement oubliés.
Mais je suis interloqué par la remarque: "une édition augmentée et remaniée" d'une précédente anthologie d'Alain Bosquet.
Car, même si ces travaux sont déjà lointains, il me semble bien me souvenir des longues recherches que j'avais effectuées en dehors, précisément, de toutes les autres anthologies, avec la prétention, certes naïve, de proposer mon choix et non de reproduire celui de quelques autres.
Travaux lointains, donc, et dont j'ai oublié un certain nombre de détails, à commencer par la liste des nouvelles élues pour figurer dans cet ouvrage impérissable - 29 ans après, en tout cas, il respire encore dans les marges, même s'il est épuisé depuis longtemps et ne se rencontre plus que chez les libraires de deuxième (ou de troisième, etc.) main.
Après m'être brièvement croisé, je suis donc reparti en quête de moi-même, ou plus exactement du sommaire de ces 30 meilleures nouvelles de la littérature française. Car j'ai égaré depuis longtemps mon dernier exemplaire d'auteur. Voici donc la table des matières.
  • Estula, ou des deux frères pauvres
  • Cortebarbe.  Les trois aveugles de Compiègne
  • Garin.  Du curé qui mangea des mûres
  • Le vilain mire
  • Jean Bodel.  Brunain la vache au prêtre
  • Rutebeuf.  Le testament de l’âne
  • Monseigneur de la Roche.  La VIIIe nouvelle
  • Jean de la Fontaine.  Comment l’esprit vient aux filles
  • Charles Perrault.  Le petit chaperon rouge
  • Mme de la Fayette.  La comtesse de Tende
  • Voltaire.  Micromégas
  • Denis Diderot.  Les deux amis de Bourbonne
  • Sade.  L’heureuse feinte
  • Charles Nodier.  La nonne sanglante
  • Stendhal.  San Francesco à Ripa
  • Honoré de Balzac.  Étude de femme
  • Prosper Mérimée.  Matéo Falcone
  • Jules Barbey d’Aurevilly.  Léa
  • Gérard de Nerval.  Octavie
  • Théophile Gautier.  Omphale
  • Charles Baudelaire.  Le joujou du pauvre
  • Gustave Flaubert.  La légende de St Julien l’Hospitalier
  • Villiers de l’Isle-Adam.  Le tueur de cygnes
  • Alphonse Daudet.  La chèvre de Mr Seguin
  • Émile Zola.  La fée amoureuse
  • Joris-Karl Huysmans.  Sac au dos
  • Guy de Maupassant.  La ficelle
  • Jules Renard.  La mort de Brunette
  • Marcel Proust.  Un dîner en ville
  • Guillaume Apollinaire.  La disparition d’Honoré Subrac

Qu'aurais-je pu aller puiser chez Alain Bosquet, dans les 20 meilleures nouvelles françaises qu'il avait élues trente ans avant que j'arrive avec mes choix? Pour le savoir, il fallait retrouver les siens. Ce sont ceux-ci:
  • Marguerite de Navarre. Continence d’une jeune fille
  • Madame de la Fayette. La princesse de Montpensier
  • Voltaire. Le monde comme il va
  • Diderot. Ceci n’est pas un conte
  • Restif de la Bretonne. Louise et Thérèse
  • Marquis de Sade. Augustine de Villeblanche
  • Vigny. Laurette ou le cachet rouge
  • Balzac. El Verdugo
  • Mérimée. Mateo Falcone
  • Gérard de Nerval. Octavie
  • Xavier Forneret. Le crétin et sa harpe
  • Théophile Gautier. Le petit chien de la Marquise
  • Gustave Flaubert. Hérodias
  • Villiers d’ l’Isle-Adam. Le désir d’être un homme
  • Léon Bloy. La fève
  • J.-K. Huysmans. Sac au dos
  • Guy de Maupassant. Boule de Suif
  • Colette. Belles de jour
  • C.-F. Ramuz. Amour
  • Georges Bernanos. Madame Dargent

Je compare. Nous avons, Alain Bosquet et moi, si je n'oublie personne, douze auteurs en commun, c'est-à-dire que dix-huit des miens ne se trouvaient pas dans son ouvrage. Et trois nouvelles sont présentes à la fois chez l'un et chez l'autre: celles de Prosper Mérimée, Gérard de Nerval et Joris-Karl Huysmans. Pour les deux derniers cités, j'ignore pourquoi j'ai intégré le même texte qu'Alain Bosquet - peut-être par simple convergence de goûts? Pour le premier, Mateo Falcone, je sais: la lecture de cette nouvelle, proposée par un enseignant, n'avait cessé de me poursuivre et il m'aurait semblé sacrilège de ne pas l'intégrer.
Conclusion: deux cas que je ne m'explique pas, mes motivations d'alors s'étant dissoutes dans les années qui ont passé depuis, cela ne me semble pas correspondre à "une édition augmentée et remaniée", mais plutôt à un travail original.
Désolé, René Godenne, cette fois, vous vous êtes trompé... Mais cela n'enlève rien à la valeur de votre anthologie.

dimanche 5 mai 2013

« Filière malgache » dans L'Hebdo de Madagascar


Un polar de Pierre Maury sur nos terres

Comment un vazaha découvre-t-il Madagascar ? Chacun à sa manière, peut-on dire avec assez de flou dans la réponse pour ne pas prendre le risque de se tromper. Ou de généraliser, autre erreur fréquente. Voici Xavier, un de ces vazaha, personnage imaginé par un autre vazaha, puisqu’il s’agit d’un roman policier écrit par un journaliste belge présent dans le paysage culturel malgache depuis une quinzaine d’années.
Filière malgache, un livre de Pierre Maury paru aux Editions No Comment, met en scène un autre journaliste. Xavier serait-il donc un double de l’auteur, ainsi que l’idée, inévitable, traverse l’esprit ? Chaque lecteur émettra son hypothèse après avoir refermé l’ouvrage. Nous ne nous y hasarderons pas, après l’explication que nous a donnée le romancier.
« Je crois que Xavier est, au fond, beaucoup plus naïf, encore plus naïf que je ne l’étais en arrivant à Madagascar pour la première fois. Comme lui, je ne savais pas grand-chose du pays et je ne m’intéressais qu’au sujet du reportage pour lequel j’étais venu en 1997 : les Jeux de la Francophonie. J’étais d’ailleurs bien loin de penser à l’exploitation humaine qui motive le voyage de Xavier. Sport et culture, voilà ce qu’était mon quotidien pendant une quinzaine de jours. Mais j’avais, dans les années précédentes, passé un peu de temps en Afrique, au Rwanda et au Bénin, ce qui me donnait malgré tout des points de repère et une envie de comparer les pays. Ce que Xavier ne possède pas nécessairement. Et puis, surtout, contrairement à lui, qui ne fait que passer en 2000, je suis resté… »
Envoyé par son rédacteur en chef à Madagascar, Xavier a préparé son séjour comme un professionnel, en grand reporter consciencieux. Il a noué des contacts depuis l’Europe et sa première journée se passe donc en longues conversations au terme desquelles il espère dégrossir le terrain sur lequel il se trouve – une terre inconnue. Assez naturellement, les premières personnes rencontrées sont d’autres vazaha, qui vivent là depuis un certain temps. Deux d’entre eux ont la bonne idée de lui dire : il faudra surtout parler avec des Malgaches, même s’ils sont prêts à l’aider. Le troisième, en revanche, celui qui réside à Madagascar depuis moins de temps que les autres, prétend tout savoir du pays et de ses habitants.
« Heureusement pour lui et son enquête », explique Pierre Maury, « Xavier comprend vite qu’il ne tirera rien de ce dernier et choisit plutôt de suivre les conseils des deux autres. Bien que rien ne l’ait préparé au grand écart qu’il s’apprête, sans le savoir, à faire. »

Hasard

Dans la suite du roman, le hasard semble jouer un grand rôle. Mais un hasard malgré tout conditionné par une envie de quitter les sentiers battus, de s’écarter des lieux où se rassemblent les vazaha et de participer, autant qu’il est possible de le faire en peu de temps, à la vie des Malgaches. Non plus donc à la manière d’un touriste mais comme quelqu’un qui cherche à s’immerger dans l’inconnu sans prétendre apporter des réponses à toutes les questions qu’il se pose.
Et son enquête, dans tout ça ? Il y pense, il y pense… Bien qu’en réalité, il se laisse surtout porter par les événements en se disant qu’il lui arrivera bien quelque chose pour lui offrir quelques éléments. Curieuse méthode, non ? L’auteur ne dit pas vraiment le contraire.
« Oui, sans doute. Je n’ai pas voulu faire de Xavier un modèle de journaliste. D’une part, il a des faiblesses bien humaines – bien masculines aussi, comme on le découvrira. D’autre part, il n’a pas vraiment envie d’être là. Je l’imagine comme un homme qui se trouvait installé confortablement derrière son bureau, dans le calme relatif d’une rédaction où il côtoyait ses collègues. Bien entendu, je ne raconte pas tout ce que fut sa vie avant d’arriver à Madagascar. Je ne la connais d’ailleurs pas exactement moi-même. Une chose est certaine en tout cas : il a été lancé d’un coup dans le grand bain – le grand reportage – et il sait à peine nager… »

Intrigue

D’autres rencontres, plus malgaches et surtout plus féminines, le placeront malgré lui sur la voie de ce qu’il cherchait. Mais il n’avait jamais imaginé qu’il s’approcherait si près de dangers bien réels, et moins encore qu’il deviendrait un acteur d’une intrigue dans laquelle sa présence se révèle souvent inopportune. Forcément : il est maladroit et débarque avec ses gros sabots dans une affaire sur laquelle les autorités locales, dont il avait sous-estimé le savoir-faire (bien un comportement de vazaha, ça !), travaillaient depuis longtemps.
L’intérêt de Filière malgache est double.
D’abord, il s’agit d’un polar bien ficelé, avec les ingrédients habituels du genre mais transposés dans un pays que peu d’écrivains ont choisi pour cadre dans ce domaine. Le roman noir amène, comme il se doit, une certaine brutalité dans les événements, une certaine crudité aussi. Pierre Maury a dû en lire pas mal et démonter les mécanismes à l’œuvre dans cette littérature, car il utilise au mieux les ressources du suspens et de l’opacité de certains personnages qui ne sont pas toujours ce qu’ils disent être.
Ensuite, Madagascar y est présenté sous un jour inhabituel. On devine que l’auteur, en plaçant son héros sur des pistes peu fréquentées, a cherché un éclairage très éloigné de celui des cartes postales. Son pays malgache, ou du moins la partie qu’en découvre Xavier, est rude, violent. Quelques protagonistes sans foi ni loi y sèment la terreur. Pourtant, malgré cette atmosphère tendue et sombre, une vraie tendresse se glisse entre les lignes, envers le pays autant qu’envers ses habitants. Et cela peut être mis au crédit du personnage principal.
Ajoutons, pour finir, le plaisir que procure une écriture vive à travers laquelle le lecteur a l’impression de vivre les rebondissements sur les lieux mêmes où ils se déroulent. Après tout, c’était le moins qu’on pouvait attendre de Pierre Maury dont le métier est d’écrire. Comme journaliste, certes, plutôt que comme romancier. Mais sa première incursion sur le terrain du polar est une belle réussite.
Eric Ranjalahy

Pierre Maury. Filière malgache. Editions No Comment, 232 pages, 30.000 Ariary ou 13 €.

Oui, un peu d'auto-promotion...

samedi 12 janvier 2013

Quadrichromie, comment et pourquoi

Onlit Books, le nouvel éditeur de Quadrichromie, m'invite aimablement à faire savoir que le livre est disponible. Et pourquoi ne céderais-je pas à cet appel du pied, alors même qu'il s'agit d'un (petit) livre auquel je tiens, même s'il est ancien?
Le titre annonce la couleur - ou plutôt les couleurs. Quatre textes, appelons-les "nouvelles" pour faire simple (bien que l'étiquette ne corresponde pas tout à fait à ce qu'ils sont), sur des tons très différents. Et probablement écrits sous influence, celle d'écrivains qui m'étaient proches (en esprit), qui m'impressionnaient, y compris au sens de la pellicule impressionnée sur laquelle l'image ne s'efface jamais tout à fait. Je pourrais citer Bernard Noël, Michel Tournier, J.M.G. Le Clézio, Philippe Sollers, dont certaines pages m'accompagnaient pendant que je tentais l'expérience d'une fiction imprégnée du souci de la langue.
C'était il y a longtemps déjà, cette histoire d'écriture longue à venir et de publication éphémère, pour des raisons trop longues à expliquer. Si bien que, malgré un prix littéraire (sans grand écho public, il faut bien le dire), Quadrichromie avait disparu longtemps des circuits traditionnels de la librairie. En 1981, on ne parlait évidemment pas d'édition électronique et la survie minimale du livre s'est faite chez celles et ceux qui l'avaient conservé (j'en ai découvert quelques-uns cette semaine) ainsi que dans les rayons de librairies d'occasion.
Je l'ai d'ailleurs retrouvé là, quand j'étais de passage en Belgique l'année dernière, dans un lieu comme je les aime et au-dessus duquel j'ai logé pendant quelques semaines. Un exemplaire de Quadrichromie a donc quitté L'Oiseau Lire, bel endroit dont je conseille la visite à toute personne qui passe par Mons, pour m'accompagner à Madagascar. Je l'ai relu. Ma foi, je l'aimais bien. Il ne s'agit certainement pas des pages les plus indignes que j'ai écrites.
Puis les choses se sont enchaînées. J'ai numérisé le livre moi-même pour lui redonner l'aspect d'un tapuscrit et je l'ai proposé à un éditeur qui a décidé de le mettre à son catalogue. Il l'a lu très attentivement à son tour, et il me semble que d'avoir enlevé les scories invisibles à mes yeux l'a un peu amélioré.
Le voici donc, tout beau, tout nouveau, ce vieux truc presque oublié. Et, il faut que je le dise, je suis content qu'il existe à nouveau.

lundi 27 août 2012

Parlez-moi de moi...

Je m'insinue (très délicatement) dans cette rentrée littéraire, n'ayant pu résister à écrire un long texte sur les trois livres que Richard Millet a publiés la semaine dernière. Je l'ai complété avec des articles plus anciens sur des romans du même auteur. Je ne leur trouvais alors rien de suspect, bien au contraire, et ils ne déclenchaient pas la polémique qui enfle pour l'instant autour de ses dernières publications. Il en résulte un petit livre électronique, dont je vous livre l'introduction.

À l’avant-veille du jour où Richard Millet publie trois livres en même temps, Langue fantôme, De l’antiracisme comme terreur littéraire et Intérieur avec deux femmes, je les lis. Avec un peu de crainte : j’ai beaucoup aimé les romans d’un écrivain que, par ailleurs, je ne connais pas. À peine si je l’ai croisé une fois entre deux portes chez Gallimard. Mais je n’ignore pas les réticences, pour le dire sans insister, qu’ont éprouvées plusieurs de ses lecteurs devant des livres plus récents, que je n’avais pas cherché à connaître. Pour me protéger ? Non, mais peut-être pour protéger l’admiration qui était la mienne. Pour ne pas tout gâcher.
Car Richard Millet suscite, pour le moins, des sentiments mélangés.
Il est à la tête d’une œuvre romanesque belle et exigeante. Il a la réputation d’être, chez Gallimard, un lecteur tout aussi exigeant, doté en outre d’un flair hors du commun : il a édité, en cinq ans, deux prix Goncourt qui étaient les premiers romans de Jonathan Littell et d’Alexis Jenni. Il est aussi l’homme qui a combattu au Liban, chrétiens contre musulmans, et il ne dédaigne pas la gloire ambiguë fournie par le sang sur les mains.
Il est enfin, dans un rôle qui prend appui sur son expérience de la guerre et qui risque d’occulter les autres, un pamphlétaire virulent attaché à décrire les causes du déclin de la France et de sa littérature. Des mots reviennent souvent sous sa plume : dégénérescence, décadence, multiculturalisme, créolisation, qui éveillent des échos déplaisants bien que l’auteur se défende de militer en faveur d’un parti. Il n’écrit en tout cas pas de slogans. Mais il n’évite pas la forme incantatoire et l’affirmation brutale d’une vérité absolue. Sa vérité, blanche, chrétienne et française de souche.
C’est là le dernier Richard Millet, celui que j’appelle d’après. Il y avait pourtant le Richard Millet d’avant, chez qui peut-être je n’avais pas été capable de déceler les prémices d’un discours qu’il est urgent de lire – pour mieux le réfuter. Mais je n’ai rien voulu changer à ce que je pensais, avant, des livres d’avant. Quant à après, c’est-à-dire maintenant, c’est bien sûr une tout autre question…

Cet ouvrage peut être commandé au format Kindle chez Amazon France, Amazon États-Unis (pour les pays qui n'ont pas accès au marché français) et au format ePub chez Lulu.

Pour les journalistes et blogueurs, service de presse (format ePub) sur simple demande.

jeudi 9 août 2012

Une minute de narcissisme

Si vous m'y autorisez (on non, d'ailleurs - après tout, ici, c'est chez moi!), je vais me poser ce matin quelques questions existentielles. Qui suis-je, d'où viens-je, où courge, dans quelle étagère? Le Soir répond aimablement à la dernière de ces interrogations: l'étagère est derrière moi et l'article, dessous, en dit un peu plus sur le reste. Il est paru aujourd'hui dans une série de cinquante portraits de Belges d'ailleurs.
Pourquoi pas?