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samedi 18 juillet 2020

Le bal des débutants et débutantes


Et on continue à piocher allègrement dans les premiers romans à paraître à la rentrée ! Hier, c’est le Prix Première Plume, émanation des librairies Furet du Nord/Decitre, qui a donné sa sélection – resserrée : quatre titres seulement. Parmi eux, il en est un qui fait carton plein puisqu’il est aussi retenu pour les deux autres prix dédiés aux premiers romans (Stanislas et Envoyé par La Poste) : Mauvaises herbes, de Dima Abdallah. Un « must » de la rentrée ? Peut-être bien que oui, peut-être bien que non… Mais on ne pourra pas parler de coïncidence si cela arrive.
Plusieurs autres ouvrages, dans cette catégorie, se retrouvent à l’intersection de deux sélections. J’ai déjà cité, à l’occasion de la liste fournie par le Prix Envoyé par La Poste, les romans de Dany Héricourt et Vinca Van Eecke. Il s’y ajoute maintenant celui d’Olivier Mak-Bouchard puisqu’après son choix par le jury du Prix Stanislas, il se trouve aussi retenu par celui du Prix Première Plume, dont voici la sélection complète, dans laquelle deux ouvrages n’avaient pas encore mis en lumière.
  • Dima Abdallah. Mauvaises herbes (Sabine Wespieser)
  • Mireille Gagné. Le lièvre d’Amérique (La Peuplade)
  • Olivier Mak-Bouchard. Le Dit du mistral (Le Tripode)
  • Marie-Ève Thuot. La trajectoire des confettis (Le Sous-sol)


jeudi 29 août 2019

Victoria Mas, Prix Première Plume et Prix Stanislas

Passons sur le fait que Victoria Mas est la fille de la chanteuse Jeanne. Cela n’a pas dû influencer le jury du Prix Première Plume que décerne le Furet du Nord, cette grande librairie qui a gagné du terrain en Belgique. Le bal des folles, premier roman de Victoria Mas, est le roman primé cette année, succédant à La vraie vie, d’Adeline Dieudonné. La primo-romancière double la mise avec le Prix Stanislas qui lui sera remis à Nancy le 14 septembre, à l'occasion du Livre sur la Place.
En 1885, la Salpêtrière est un lieu maudit où s’entassent des folles, oui, mais aussi et surtout des femmes dont la famille ou la société ne veut plus, pour de bonnes ou, plus souvent, de mauvaises raisons. Eugénie, par exemple, fille de bonne famille où l’on est notaire de père en fils, souffre d’être considérée comme quantité négligeable – juste bonne à marier et surtout pas à manifester le goût de la conversation à fleurets non mouchetés, de la lecture et de la pensée.
En outre, et c’est là son principal défaut après celui d’être du sexe féminin, elle est dotée d’un pouvoir singulier : elle voit les esprits de certains morts, entend ce qu’ils lui disent, engage avec eux des relations qu’elle n’a pas choisies mais qui s’imposent à elle tout naturellement. Confiante dans l’apparente bienveillance de sa grand-mère, elle lui a confié qu’elle possédait ce don parfois encombrant – et la grand-mère, révélant son véritable visage, s’est empressée de la dénoncer à son fils, le père d’Eugénie. Direction la Salpêtrière, chez les folles !
Elle semble, dans une certaine mesure, y avoir toute sa place : sa révolte contre les idées reçues, sa volonté d’être une personne à part entière bien que femme la désignent à l’opprobre familial et collectif.
Pendant ce temps, Charcot multiplie ses expériences à l’aide de l’hypnose. Il maîtrise la méthode – jusqu’à un certain point, car nous assisterons à un accident en même temps que l’assemblée qui se presse aux séances dans l’espoir, souvent comblé, d’assister à d’excitantes scènes d’hystérie.
Geneviève, attirée par la médecine depuis son plus jeune âge – au contraire de sa sœur Blandine, trop tôt disparue, qui avait voué sa vie à Dieu – est d’une aide précieuse aux recherches de Charcot et, par sa présence et sa constance d’humeur, rassure les patientes. Mais la rencontre avec Eugénie bouleverse tout ce qu’elle croyait, et jusqu’aux principes de l’hôpital auxquels elle adhérait de tout son corps et de toute son âme. Elle entrevoit la possibilité d’une vie spirituelle telle qu’elle est décrite par Allan Kardec dans Le Livre des Esprits, lecture sulfureuse s’il en est.
Mais, après tout, si l’Église croit que la Vierge est apparue à Lourdes, pourquoi d’autres défunts ne se manifesteraient-ils pas aux vivants ?
Sur la crête qui sépare le rationnel de l’irrationnel, la romancière tient un équilibre précaire – le lecteur qui aurait de moindres talents d’équilibriste risque cependant de choir en attendant le clou du spectacle, ce bal des folles promis pour la mi-carême et qui est aussi attendu par les internées que par le public qui s’y pressera en quête de sensations fortes.

dimanche 14 juillet 2019

Rentrée littéraire : Le Furet du Nord sélectionne ses premières plumes

L'attention portée aux premiers romans est une des caractéristiques de la rentrée littéraire. Je vous ai déjà proposé la sélection du Prix Stanislas, dix premiers romans, celle du Prix Envoyé par la Poste, six premiers romans, et voici la plus brève, quatre premiers romans pour le Prix Première Plume du Furet du Nord, des titres qu'on a déjà vu passer quelque part - deux au Prix Stanislas, un au Prix du roman Fnac, un autre dans la sélection des Talents Cultura, le compte est bon.
J'ai, avant de l'avoir ouvert (ce n'est pas tout à fait exact, j'ai jeté un coup d’œil, à la fin de l'ouvrage, sur les références bibliographiques - sérieuses, ces références), une envie pressante de lire Zébu Boy, d'Aurélie Champagne, il n'est pas trop compliqué de comprendre ce qui me pousse vers ce roman. Mais cela ne disqualifie évidemment pas les trois autres, et les voici donc tous rassemblés dans une courte liste.

  • Aurélie Champagne. Zébu Boy (Monsieur Toussaint Louverture)
  • Guillaume Lavenant. Protocole gouvernante (Rivages)
  • Victoria Mas. Le bal des folles (Albin Michel)
  • Mathieu Palain. Sale gosse (L’Iconoclaste)

Le Furet du Nord ne conseille pas que des premiers romans: une longue liste de cinquante titres, les quatre déjà cités et quarante-six autres, constitue la sélection de rentrée. C'est plus fort que la Fnac, qui se contentait de trente. Qui osera proposer une sélection de 524 titres?
Pour la consulter, et parce que la flemme me prend tout à coup à l'idée de commencer à la recopier, je vous renvoie à l'excellent site d'actualité littéraire, le bien nommé ActuaLitté.

jeudi 30 août 2018

Pauline Delabroy-Allard, primo-romancière primée deux fois


Je vous le disais, je vais donc le répéter, profitons-en, car il n'est pas certain que ça va durer: les premiers romans écrits par des femmes sont à la fête dans cette rentrée littéraire, dans ce début de rentrée au moins. Sur le site des Editions de Minuit, Ça raconte Sarah, de Pauline Delabroy-Allard, est toujours renseigné: "à paraître". Il ne sera en effet en librairie que le 6 septembre. Le temps d'imprimer une bande (bleue, je suppose) avec une double mention: Prix Envoyé par la Poste - Prix des libraires de la ville de Nancy et des journalistes du Point (la prévoir haute, cette bande).
L'écriture est une dentelle insistante à la Duras, l'amour y est torride comme chez Miller (Henry), l'atmosphère pèse des tonnes, pire qu'un thriller (psychologique). On étouffe dans ce livre qui pourtant vous emporte très haut - et vous en saurez davantage en lisant Le Soir, puisque je réserve un article à ce quotidien dans les jours qui viennent (peut-être bien le samedi 8 septembre, les colis seront à peine déballés chez les libraires).

mardi 28 août 2018

Adeline Dieudonné, ça y est (déjà)!

On l'attendait, mais peut-être pas si vite: avec le nombre de sélections de prix littéraires dans lesquelles figure son premier roman, La vraie vie, on sentait bien que quelque chose était en train de se produire autour d'un livre atypique qui emporte l'adhésion des lecteurs et des lectrices comme par une vague qui est en train de se transformer en tsunami.
Donc, se disait-on, l'un ou l'autre de ces prix allait bien lui revenir, voire plusieurs. C'est fait déjà, et à toute allure puisque le Prix Première Plume, dont la sélection a été annoncée, sauf erreur, hier, et qui ne sera remis que le 20 septembre, vient d'en faire sa lauréate 2018. Alors que le livre sort demain, il donne l'impression d'avoir eu déjà une vie très riche...
C'est peu dire qu'on s'en réjouit, car il y a là quelque chose d'inédit, de frais (jusque dans la douleur). Sans déflorer l'article (avec un entretien) que je publie ce samedi dans Le Soir, je peux vous offrir, en avant-goût, la réponse de la romancière à une question que je lui avais posée, et pour lesquelles (question et réponse) la place manquait - c'est donc un petit bout, avec quelques autres, de l'entretien qui a été coupé à la mise en page. Je demandais à Adeline Dieudonné si sa soudaine notoriété ne lui faisait pas peur.

La notoriété, non. Parce pour un auteur je crois que ça reste relativement limité. En revanche ce qui me fait immensément plaisir c’est la liberté qui va avec la reconnaissance. En tant que comédienne, j’ai souvent voulu initier des projets, des collaborations pour créer mon propre emploi. Mais quand vous n’avez pas de « nom », les portes sont difficiles à ouvrir, vous n’avez pas de budget. Aujourd’hui les choses changent pour moi, mon travail a de la valeur aux yeux des autres, je vais pouvoir proposer plein de choses.

La belle rentrée des primo-romancières

Ne cherchez plus la tendance de ce début de rentrée littéraire: elle est aux premiers romans écrits par des femmes. Leur présence est massive, certaines d'entre elles ont écrit des livres qu'on remarque et qui, une fois lus, restent dans les mémoires. Pierre Assouline en a retenu quatre dans sa première chronique de la saison, La rentrée en fanfare des premiers romans, puis deux autres (dont un signé d'un homme, c'est vrai, et qui d'ailleurs n'est pas tout à fait un premier roman, il vous expliquera tout ça mieux que moi) dans la suivante, Des violences faites aux femmes et aux hommes.
Le Prix du roman de la Fnac embraie sur le même thème (d'accord avec vous, ce n'est pas vraiment un thème, tous ces romans sont très différents les uns des autres et seules leurs qualités les réunissent, en même temps que nous avons l'impression de découvrir d'un coup une nouvelle génération d'auteures audacieuses et talentueuses) puisque les quatre finalistes sont des femmes qui signent leur premier roman. Elles ont résisté à 28 autres candidats et candidates à un titre convoité qui sera attribué le 14 septembre.

  • Meryem Alaoui. La vérité sort de la bouche du cheval (Gallimard)
  • Inès Bayard. Le malheur du bas (Albin Michel)
  • Estelle-Sarah Bulle. Là où les chiens aboient par la queue (Liana Levi)
  • Adeline Dieudonné. La vraie vie (L'Iconoclaste)

Dans la foulée, le Prix Première plume 2018, d'une autre librairie importante (le Furet du Nord) avec le crédit agricole ira, le 20 septembre, à un premier roman, ça, c'est normal, mais surtout à une primo-romancière puisque, ici aussi, on se moque de la parité (on imagine déjà quelques mâles prêts à se plaindre de leur effacement). Elles sont quatre également, et deux d'entre elles viennent d'être citées:

  • Estelle-Sarah Bulle. Là où les chiens aboient par la queue (Liana Levi)
  • Pauline Delabroy-Allard, Ça raconte Sarah (Minuit)
  • Adeline Dieudonné. La vraie vie (L’Iconoclaste)
  • Abnousse Shalmani. Les exilés meurent aussi d’amour (Grasset)

Parmi les six noms que vous venez de lire, à deux reprises pour deux d'entre eux, on en retrouve également... deux, décidément, dans la sélection de 13 romans français publiée il y a quelques jours pour le Prix des Libraires de la Ville de Nancy et des journalistes du Point, attribué le 7 septembre. Huit femmes ont laissé un peu de place pour cinq hommes...
  • Inès Bayard. Le malheur du bas (Albin Michel)
  • Emmanuelle Bayamack-Tam. Arcadie (P.O.L)
  • Adrien Bosc. Capitaine (Stock)
  • Laurence Cossé. Nuit sur la neige (Gallimard)
  • Pauline Delabroy-Allard. Ça raconte Sarah (Minuit)
  • David Diop. Frère d’âme (Seuil)
  • Jérémy Fel. Helena (Rivages)
  • Claire Genoux. Lynx (Corti)
  • Serge Joncour. Chien-Loup (Flammarion)
  • Michel Jullien. L'île aux troncs (Verdier)
  • Maylis De Kerangal. Un monde à portée de main (Verticales)
  • Emmanuelle Pirotte. Loup et les hommes (Cherche Midi)
  • Vanessa Schneider. Tu t'appelais Maria Schneider (Grasset)