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mardi 19 février 2019

François-Henri Désérable sur les traces d’un personnage de Gary


Le troisième roman de François-Henri Désérable est une succession de moments jubilatoires et la magnifique réussite d’un projet qui aurait pu mener l’écrivain à l’échec. Après deux fictions situées dans un passé plus lointain, il aborde avec Un certain M. Piekielny les rives glissantes de l’autofiction. Il y est lui-même au premier plan, avec quelques souvenirs qu’on rapproche volontiers de sa biographie – il ne dément pas. Avec, aussi et surtout, une quête jusqu’à l’absurde d’un personnage cité par Romain Gary dans La promesse de l’aube, un certain M. Piekielny au fond très incertain…
Désérable fut un joueur de hockey sur glace. Il continue à glisser et à se faufiler entre les hypothèses les plus diverses considérées comme des adversaires à contourner. Les figures audacieuses réalisées avec brio dans ses phrases valent bien celles qu’il effectuait à la patinoire. Mais, comme lui, on ne va pas « tarasboulber l’intrigue ». Plutôt l’écouter en parler.
C’est, comme le raconte le roman, à Vilnius que vous avez eu l’idée de partir sur la piste de Piekielny ?
J’avais lu son nom dans La promesse de l’aube et le passage m’avait marqué. Je me suis vraiment retrouvé à Vilnius par hasard, je me suis vraiment fait voler mon portefeuille, je me suis vraiment promené dans les rues, et je suis tombé sur une plaque commémorative qui m’a fait penser à ce Piekielny dont je ne savais rien. Je n’ai pas tout de suite décidé d’écrire un livre sur lui mais, plus j’y pensais, plus j’avais envie de savoir qui il était.
Donc, vous avez mené l’enquête…
Oui, je suis allé plusieurs fois à Vilnius. Mais, en réalité, plus rapidement que je ne le dis dans le livre, je me suis rendu compte qu’il y avait un truc qui clochait. C’était un peu bizarre, que je ne trouve aucune trace de lui. Et puis, un jour, j’ai vu Le Révizor de Gogol.
L’enquête est le support réel dont vous aviez besoin ?
J’ai assez peu d’imagination, en fait. Mon premier livre, Tu montreras ma tête au peuple, c’étaient pour la plupart des histoires vraies. Evariste est un personnage qui a existé. Et, là, c’est un personnage fictif mais j’avais besoin de m’adosser à quelque chose. Je ne veux pas aller vers la non-fiction mais la frontière poreuse entre le réel et la fiction m’intéresse.
On vous pensait parti pour des romans situés dans le passé. Ici, vous basculez…
Oui, je n’ai jamais voulu m’enfermer dans le genre du roman historique. Je ne suis d’ailleurs pas un grand lecteur de romans historiques, et je trouve que c’est une distinction qui n’a pas lieu d’être. Il y a des livres qui sont de la littérature et ceux qui n’en sont pas, des livres où la langue n’est qu’un simple moyen de raconter une histoire et ceux où la langue est une fin. C’est la seule distinction qui devrait valoir et je suis toujours malheureux lorsque je vois, dans des librairies, que mes deux premiers livres sont sur la table des romans historiques. D’ailleurs, dans Evariste, je tenais à un narrateur contemporain. Ici, j’essaie de jouer avec les époques, à Vilnius dans les années 30, avec Gary à Londres, et l’enquête qui est d’aujourd’hui.
On rit souvent en vous lisant. L’effet est recherché ?
Disons que je le cherche, oui. Il y a une tendance que je ne m’explique pas dans la littérature contemporaine, c’est un goût pour le tragique, le plombant… La plupart des livres où il n’y a pas d’humour m’ennuient. C’est donc très conscient de ma part. J’ai décidé d’écrire après la lecture de Belle du Seigneur et c’est pour moi le livre le plus drôle de la littérature francophone.
Vous avez cette phrase, à la fin du roman : « Ecrire. Tenir le monde en vingt-six lettres et le faire ployer sous sa loi. » C’est votre ambition ?
C’est très présomptueux de dire ça. Lorsqu’on écrit, on est une sorte de démiurge devant sa page ou son ordinateur. On peut, de quelques phrases, faire jaillir tout un monde et c’est une liberté absolue, un champ des possibles infini. Mais la difficulté est de transcender tout ça par le style.

mercredi 22 novembre 2017

Un Interallié très viril

Ils nous auront tout fait, à l'Interallié: Jean-René Van der Plaetsen, qui avait déjà reçu le Prix Jean Giono (par le fait dévalué d'un coup, comme sa dotation) pour La nostalgie de l'honneur, est le lauréat que je n'attendais pas.
Ce n'est pas à l'honneur d'un jury dans lequel il n'y a que des hommes, et des hommes plutôt d'un certain âge, peut-être destinés à apprécier les valeurs désuètes, et présentées de la même manière, véhiculées dans un livre dont je vous ai déjà parlé en levant les bras au ciel, signe d'un désespoir que seul un vote, aujourd'hui, en faveur de François-Henri Désérable et son Un certain M. Piekielny aurait pu compenser.
Mais il sera dit que ce livre, qui a provoqué dans un premier temps un enthousiasme sans mélange, qui ensuite a été consciencieusement démoli par une partie de la critique comme si celle-ci était en service commandé, ne pouvait recevoir aucun prix littéraire. Trop brillant, trop joueur, trop Gary? Peu importe. Ce sera un des quelques livres de la rentrée qu'on retiendra.

vendredi 14 juillet 2017

Les premières sélections de la rentrée littéraire

Les critiques littéraires du Monde sont-ils adhérents à la Fnac? Voire libraires dans les mêmes grandes surfaces culturelles, en raison de leur faible salaire? L'idée traverse l'esprit après la publication des sélections pour le Prix littéraire Le Monde (annonce le 8 septembre) et pour le Prix du roman de la Fnac (le 14 septembre). Sur les onze titres de la première liste, six ont été aussi retenus par la Fnac. Celle-ci, il est vrai, ratisse beaucoup plus large avec 35 ouvrages, dont 9 en traduction. Là où le quotidien du soir se limite au domaine français.
Il n'est pas sans intérêt de croiser ces sélections pour mettre en évidence les six romans présents dans les deux. Les voici:
  • Sorj Chalandon. Le jour d'avant (Grasset)
  • Marie Darrieussecq. Notre vie dans les forêts (P.O.L)
  • François-Henri Désérable. Un certain M. Piekielny (Gallimard)
  • Monica Sabolo. Summer (Lattès)
  • Pierre Souchon. Encore vivant (Rouergue)
  • Alice Zeniter. L'art de perdre (Flammarion)
Vous ai-je déjà dit que j'avais été très séduit par les livres de Sorj Chalandon et de François-Henri Désérable?
Si j'observe aussi la sélection du Prix Stanislas réservé à un premier roman, je constate que Pierre Souchon en est absent tandis que Jean-Baptiste Andrea (Ma reine, L'Iconoclaste) et Sébastien Spitzer (Ces rêves qu'on piétine, L'Observatoire), retenus à Nancy, le sont aussi par la Fnac.
Sont-ce là les premières tendances de la rentrée à venir? Il est trop tôt pour l'affirmer. Contentons-nous, pour l'instant, d'enregistrer ces frémissements et de vous fournir les deux nouvelles sélections. (Celle du Prix Stanislas vous a été livrée ici, et un récapitulatif des différentes sélections, qui a pour vocation d'être largement étoffé - avant de se réduire, car c'est la règle - est disponible ici.)

Prix littéraire Le Monde (8 septembre)

  • Jakuta Alikavazovic. L'avancée de la nuit (L'Olivier)
  • Sorj Chalandon. Le jour d'avant (Grasset)
  • Marie Darrieussecq. Notre vie dans les forêts (P.O.L)
  • François-Henri Désérable. Un certain M. Piekielny (Gallimard)
  • Patrick Deville. Taba-Taba (Seuil)
  • Pierre Ducrozet. L'invention des corps (Actes Sud)
  • Anne Godard. Une chance folle (Minuit)
  • Camille Laurens. La petite danseuse de quatorze ans (Stock)
  • Monica Sabolo. Summer (Lattès)
  • Pierre Souchon. Encore vivant (Rouergue)
  • Alice Zeniter. L'art de perdre (Flammarion)

Prix du roman de la Fnac (14 septembre)

  • Jean-Baptiste Andrea. Ma reine (L'Iconoclaste)
  • Brit Bennett. Le coeur battant de nos mères (Autrement)
  • Anne et Claire Berest. Gabriële (Stock)
  • Jean-Marie Blas de Roblès. Dans l'épaisseur de la chair (Zulma)
  • Miguel Bonnefoy. Sucre noir (Rivages)
  • Sorj Chalandon. Le jour d'avant (Grasset)
  • Paolo Cognetti. Les huit montagnes (Stock)
  • Marie Darrieussecq. Notre vie dans les forêts (P.O.L)
  • Léonor de Recondo. Point cardinal (Sabine Wespieser)
  • François-Henri Désérable. Un certain M. Piekielny (Gallimard)
  • Pauline Dreyfus. Le déjeuner des barricades (Grasset)
  • Jenni Fagan. Les buveurs de lumière (Métailié)
  • Yves Flank. Transport (L'Antilope)
  • Emily Fridlund. Une histoire des loups (Gallmeister)
  • Claudie Gallay. La beauté des jours (Actes Sud)
  • Brigitte Giraud. Un loup pour l'homme (Flammarion)
  • Nathan Hill. Les fantômes du vieux pays (Gallimard)
  • Anna Hope. La salle de bal (Gallimard)
  • Philippe Jaenada. La serpe (Julliard)
  • Aline Kiner. La nuit des béguines (Liana Levi)
  • Lola Lafon. Mercy Mary Patty (Actes Sud)
  • Charif Majdalani. L'empereur à pied (Seuil)
  • Gilles Marchand. Un funambule sur le sable (Aux forges de Vulcain)
  • Gaëlle Nohant. Légende d'un dormeur éveillé (Héloïse d'Ormesson)
  • Véronique Olmi. Bakhita (Albin Michel)
  • Eric Reinhardt. La chambre des époux (Gallimard)
  • Monica Sabolo. Summer (Lattès)
  • Jean-Luc Seigle. Femme à la mobylette (Flammarion)
  • Pierre Souchon. Encore vivant (Rouergue)
  • Sébastien Spitzer. Ces rêves qu'on piétine (L'Observatoire)
  • Martin Suter. Eléphant (Christian Bourgois)
  • Thomas Vinau. Le camp des autres (Alma)
  • Richard Wagamese. Jeu blanc (Zoé)
  • Colson Whitehead. Underground railroad (Albin Michel)
  • Alice Zeniter. L'art de perdre (Flammarion)
P.-S. A propos du Monde, Eric Chevillard annonce ce matin dans son blog, L'Autofictif, qu'il ne reprendra pas son feuilleton des pages livres à la rentrée. Il me manquera.

jeudi 29 juin 2017

Les pouvoirs magiques du nombre 581

Dites 581... Oh! vous êtes très malade, la rentrée littéraire vous déjà atteint, alors qu'elle ne se présentera sur les tables des libraires que dans un mois et demi.
581, c'est donc le nombre magique révélé aujourd'hui par Livres Hebdo, principal observateur de la vie professionnelle du livre en France. Où la rentrée littéraire, on le répète chaque année (mais, m'inquiétant de votre santé mentale - redites 581, pour voir -, je recommence), est une exception culturelle à la fois absurde et nécessaire. Et non, je ne vais pas refaire le raisonnement aujourd'hui, surtout à cette heure indue pour quelqu'un qui se lève tôt mais sait qu'il sera privé d'Internet demain matin et préfère donc faire jeudi ce qu'il avait pensé faire vendredi. D'autant que, demain vendredi, j'ai un article à écrire, je l'avais promis pour la fin de la semaine (dernière) et il est grand temps d'y mettre le point final. Mais c'est une autre histoire.
Enfin, pas tout à fait, puisque l'article en question est consacré à un de ces fameux romans de la rentrée - je ne vous dirai pas lequel.
Sachez quand même, si vous avez eu la flemme de cliquer sur le lien ci-dessus (redites 581, pour voir où vous en êtes... oh! ça ne s'arrange pas, dites donc!), que les parutions annoncées se répartissent entre romans français, ou du moins écrits en français, car il doit bien y avoir quelques Belges, Suisses, Canadiens, Algériens ou autres nationalités diverses dans le tas, qui sont 390, dont 81 premiers romans, et romans étrangers - le reste. J'ai compris, vous manquez vraiment d'énergie, je refais le calcul dont Livres Hebdo avait déjà donné le résultat: 191.
C'est, au total, un peu plus que l'an dernier (560), au moins dans le domaine francophone (27 de plus). Tandis que les traductions sont moins nombreuses (à peine: 5 de moins).
En retournant vers le passé, c'est-à-dire vers les archives de ce blog, je constate que je n'avais trouvé aucun intérêt à parler des chiffres de la rentrée l'an dernier. Il est vrai que, hein? Mais, bon, en 2015, je m'étais malgré tout fendu d'une note et je constate avec plaisir que j'ai, par rapport à cette année-là, deux lectures d'avance. Mieux encore: au moment d'écrire ce petit texte plein de chiffres, il me restait il y a deux ans, en supposant que les jours fassent 72 heures et ne soient pas coupés par des nuits où je ne fais bêtement que dormir, 586 romans de la rentrée à lire (je présuppose que j'aurais eu envie de les lire tous). Contre seulement 576 aujourd'hui. Ça va mieux, beaucoup mieux.
Si vous voulez quitter les chiffres, je peux dire déjà que j'aime beaucoup, vraiment beaucoup, les romans à venir de Sorj Chalandon et de François-Henri Désérable. On en reparlera, bien entendu.

jeudi 15 septembre 2016

Un génie de vingt ans pour un roman décoiffant

Le deuxième roman de François-Henri Désérable, inspiré par la biographie d’Evariste Galois, « mathématicien de génie qui mourut en duel à vingt ans », est l’exemplaire réussite d’un écrivain qui s’autorise toutes les libertés sans jamais oublier ce qu’il veut raconter. Le texte coule comme un torrent dont le flux s’anime selon les aspérités de son lit. On sait où il va, l’auteur nous le rappelle parfois : vers un vingtième chapitre, autant de parties qu’il y a eu d’années dans la vie du personnage, où celui-ci « dort pour de bon. Le Vieux a tourné son pouce vers le bas. » Le Vieux à barbe blanche était présent dès les premières lignes pour un claquement de doigts qui s’appellera le big-bang.
Pourquoi, en effet, ne pas remonter à la création de l’univers pour en arriver au père d’Evariste, Gabriel Galois ? Et pourquoi ne pas comparer le peu que nous savons de celui-ci à l’encore moins que nous savons de John Shakespeare ? Puisque, dans les deux cas, les pères ne doivent leur relative célébrité qu’à celle, éclatante, de leurs fils. Le romancier est omnipotent : il invente ce que la mémoire n’a pas enregistré, parce que les techniques n’étaient pas encore au point. Qu’en fut-il, par exemple, de la nuit où Evariste fut conçu ? « Les sextapes, hélas, n’existaient pas », ce qui n’interdit pas de raconter la scène avec les précautions que l’on prend à cette évocation devant une demoiselle, lectrice imaginaire…
La fiction racontera le vrai, il faut prendre l’affirmation pour ce qu’elle vaut : Evariste Galois non dans sa légende, nourrie par de nombreux commentateurs, mais « tel qu’il fut ». Le génie qui détestait Louis-le-Grand mais y découvrit, en 1827, « ce royaume des mathématiques dont très vite il devint le souverain. » Il avait quinze ans, il se lance à l’assaut d’une montagne – pardon, une Montagne – dont le sommet est d’accès plus facile pour lui que pour tous les autres. Nous le disions en ouverture : François-Henri Désérable ne perd jamais son sujet de vue. Il n’oublie pas non plus que les mathématiques, si elles sont la principale raison de vivre de l’adolescent, son aspiration ultime, s’accompagnent d’autres frémissements. Il est tenté par les barricades de 1830, il est secoué d’une manière qu’il ne comprend pas, car il n’a à peu près jamais vu de fille, par la vision de Stéphanie en 1832. La fin est proche, et probablement a-t-elle un rapport avec cet émoi-là.
Evariste, roman qui avance bien des hypothèses sans les démontrer toutes, possède la clarté d’une évidence.

jeudi 18 juin 2015

Désérable, Prix des Lecteurs de L'Express-BFMTV

Deux bonnes nouvelles en une. D'abord, un formidable roman, Evariste, de François-Henri Désérable, reçoit le Prix des Lecteurs de l'Express-BFMTV. Ensuite, il existe des gens qui ne se contentent pas de regarder BFM mais misent aussi. Enfin, je veux le croire...
Le deuxième roman de François-Henri Désérable, inspiré par la biographie d’Evariste Galois, « mathématicien de génie qui mourut en duel à vingt ans », est l’exemplaire réussite d’un écrivain qui s’autorise toutes les libertés sans jamais oublier ce qu’il veut raconter. Le texte coule comme un torrent dont le flux s’anime selon les aspérités de son lit. On sait où il va, l’auteur nous le rappelle parfois : vers un vingtième chapitre, autant de parties qu’il y a eu d’années dans la vie du personnage, où celui-ci « dort pour de bon. Le Vieux a tourné son pouce vers le bas. » Le Vieux à barbe blanche était présent dès les premières lignes pour un claquement de doigts qui s’appellera le big-bang.
Pourquoi, en effet, ne pas remonter à la création de l’univers pour en arriver au père d’Evariste, Gabriel Galois ? Et pourquoi ne pas comparer le peu que nous savons de celui-ci à l’encore moins que nous savons de John Shakespeare ? Puisque, dans les deux cas, les pères ne doivent leur relative célébrité qu’à celle, éclatante, de leurs fils. Le romancier est omnipotent : il invente ce que la mémoire n’a pas enregistré, parce que les techniques n’étaient pas encore au point. Qu’en fut-il, par exemple, de la nuit où Evariste fut conçu ? « Les sextapes, hélas, n’existaient pas », ce qui n’interdit pas de raconter la scène avec les précautions que l’on prend à cette évocation devant une demoiselle, lectrice imaginaire…
La fiction racontera le vrai, il faut prendre l’affirmation pour ce qu’elle vaut : Evariste Galois non dans sa légende, nourrie par de nombreux commentateurs, mais « tel qu’il fut ». Le génie qui détestait Louis-le-Grand mais y découvrit, en 1827, « ce royaume des mathématiques dont très vite il devint le souverain. » Il avait quinze ans, il se lance à l’assaut d’une montagne – pardon, une Montagne – dont le sommet est d’accès plus facile pour lui que pour tous les autres. Nous le disions en ouverture : François-Henri Désérable ne perd jamais son sujet de vue. Il n’oublie pas non plus que les mathématiques, si elles sont la principale raison de vivre de l’adolescent, son aspiration ultime, s’accompagnent d’autres frémissements. Il est tenté par les barricades de 1830, il est secoué d’une manière qu’il ne comprend pas, car il n’a à peu près jamais vu de fille, par la vision de Stéphanie en 1832. La fin est proche, et probablement a-t-elle un rapport avec cet émoi-là.
Evariste, roman qui avance bien des hypothèses sans les démontrer toutes, possède la clarté d’une évidence.