Affichage des articles dont le libellé est Michaël Ferrier. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Michaël Ferrier. Afficher tous les articles

jeudi 8 novembre 2018

Prix Décembre : Michaël Ferrier


Le Prix Décembre va cette année, je félicite le jury, à l'excellent récit amical de Michaël Ferrier, François, portrait d’un absent.
A l’ami disparu, Michaël Ferrier offre un tombeau de papier : « La littérature est l’art du deuil par excellence et, dans sa fragilité même, le papier est supérieur au marbre. Pourtant, quel travail de ténèbres il faut pour l’extraire, ce livre… C’est un tombeau, il faut le rendre à la fois aussi grave que le marbre et aussi léger que le ciel. » François est mort noyé avec sa petite fille Bahia. Jérôme, l’autre membre depuis l’adolescence du groupe amical, l’apprend par téléphone à Michaël qui vit au Japon. Et qui écrit François, portrait d’un absent.
Le titre rappelle celui d’un film documentaire que François avait consacré à un SDF : Thierry, portrait d’un absent. Il est en partie décrit ici, comme une œuvre d’une grande délicatesse, sans voyeurisme alors qu’il était facile de tomber dans ce travers. Ces qualités se retrouvent dans le livre : on sait tout de François, et en même temps on ne sait presque rien de lui tant les bribes de biographie sont posées avec le sens le plus aigu de cette amitié devenue douloureuse, et que rien n’explique.
Sinon le mot de Montaigne ajouté par l’auteur des Essais à son exemplaire imprimé. Celui-ci, à propos de ce qui liait l’auteur et La Boétie, avait écrit : « Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer. » Puis Montaigne transforma la fin de la phrase : « je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant : parce que c’était lui, parce que c’était moi. »
Michaël Ferrier, lui aussi, cherche à expliquer l’amitié et n’y parvient pas davantage que Montaigne à qui il fait donc, à raison, appel. Non sans s’appuyer sur le souvenir des moments partagés, en particulier deux années dans les classes préparatoires du Lycée Lakanal, « une splendide ruche champêtre dédiée à l’étude, une enclave de tranquillité studieuse. » Le narrateur avait dix-sept ans, François était son voisin d’internat. Avec qui il a vécu d’une façon qui « stupéfierait immédiatement toute personne un peu convenable. » On n’en dit pas plus, il y a quelques grands moments à découvrir.
Car, pour être un livre de deuil, François, portrait d’un absent est aussi un livre à l’enthousiasme contagieux. L’ami est mort, mais ce qui a existé quand il était là continue d’infléchir la pensée avec une force impressionnante : « le texte ne forme pas le cadre d’un souvenir, mais l’ouverture d’un espace : c’est une sorte de brèche où le temps circule, où la mémoire se réveille et bondit. » Et c’est beau, très beau.

Par ailleurs, le Prix de Flore couronne Anatomie de l'amant de ma femme, de Raphaël Rupert, paru à l'Arbre vengeur - que je n'ai pas lu.

mardi 20 octobre 2015

Un autre trio pour le Prix Décembre

Je tremble et me réjouis en découvrant (après un orage qui m'avait coupé du monde www) la dernière sélection du Prix Décembre, attribué le 2 novembre.
Mais, d'abord, un mot pour tous ceux dont on ne reparlera plus dans ce cadre puisqu'ils viennent d'être éliminés: ils sont douze (pour onze livres, car l'un d'eux porte une double signature) et s'appellent Pierre Adrian, Jean-Michel Delacomptée, Stéphanie Hochet, Jérôme Leroy, Simon Liberati, Laure Murat, William Marx, Patrick Roegiers, Sébastien Rutés et Juan Hernandez Luna, Monica Sabolo ainsi que Gilles Sebhan. Un seul des favoris désignés avant le départ de la longue course d'obstacles de la saison figure au nombre de ces recalés, il s'agit de Simon Liberati.
Mais il n'y a aussi, dans la dernière sélection, qu'une des grandes figures ayant fait parler d'elle avant même la rentrée: Christine Angot (éliminée du Goncourt et du Femina où elle avait fait une apparition dans les premières sélections, toujours en lice pour le Goncourt des Lycéens), pour Un amour impossible (Flammarion). C'est elle qui me fait trembler, parce que je n'ai pas compris ce qui s'est dit partout, à savoir qu'elle avait cette année donné un roman différent de ceux qui l'avaient précédé. J'y ai, pour ma part, trouvé la même médiocrité d'écriture que d'habitude.
En revanche, je me réjouis bruyamment, applaudissez avec moi, de la présence de Michaël Ferrier. pour des raisons sentimentales, certes, parce que Mémoires d'outre-mer (Gallimard) est un livre qui se déroule dans le pays où je vis et que j'aime. Mais pas seulement: il en parle merveilleusement, brasse des thèmes aussi variés qu'essentiels et embrasse l'ensemble - le pays, les personnages, les sujets de réflexion - avec un talent fou.
A dire vrai, je ne serais même pas déçu si le jury décidait de couronner le troisième ouvrage retenu, Victor Hugo vient de mourir, de Judith Perrignon. Car je l'ai aussi beaucoup aimé, ce flux dans lequel, sur lequel même, est emporté le poète finissant. Dans les moments qui précèdent sa mort comme dans ceux qui la suivent, la romancière s'ébat comme coulant dans une rivière torrentueuse dont elle prend le temps de scruter chaque accident de parcours.
Mais je vote quand même pour Michaël Ferrier, vous l'aurez compris.

mardi 8 septembre 2015

La Poste, avec ou sans Wepler

La Fondation La Poste multiplie ses interventions, sous forme de prix, dans le milieu littéraire. Elle a attribué, la semaine dernière, son premier Prix Envoyé par la Poste, destiné à un manuscrit timbré, d'une certaine manière, ou en tout cas arrivé dans une maison d'édition par la voie classique du courrier. Il faudrait, c'est Claire Chazal qui m'y fait penser (mais rassurez-vous, elle ne tardera pas à me sortir de la tête), créer aussi un prix littéraire du plus mauvais livre publié par recommandation amicale ou intéressée, ou encore en fonction de la notoriété de son auteur(e). Mais il y aurait foule, et qui voudrait appartenir à un jury qui désignerait, pour le dire vite, la pire merde de l'année?
Donc, restons-en à ce Prix Envoyé par la Poste, dont la première édition a récompensé le premier roman d'Alexandre Seurat, La maladroite (Le Rouergue).
Diana est une petite fille maladroite, d’ailleurs elle vient toujours à l’école couverte d’ecchymoses, quand elle n’est pas restée à la maison pour cause de maladie. Les enseignants ne sont pas aveugles: il y a un problème. Mais les parents échappent habilement aux débuts d’enquêtes, celles-ci s’essoufflent. Un jour, il est trop tard. Comment les adultes ont failli dans la protection de Diana: un livre au cœur de nœuds douloureux.

Par ailleurs, et depuis 18 ans, le Prix Wepler-Fondation La Poste s'inscrit dans la liste des récompenses qui comptent au moment de la rentrée littéraire. La sélection de douze titres a été annoncée hier, la proclamation du lauréat ou de la lauréate, ainsi que de la mention spéciale qui double le nombre d'heureux (ou d'heureuses), se fera le 9 novembre, c'est-à-dire au début de la semaine qui suit les Décembre, Goncourt, Renaudot, Femina et autre Médicis.
Voici cette sélection:
  • Pierre Cendors, Archives du vent (Le Tripode)
  • Lise Charles, Comme Ulysse (P.O.L.)
  • Antoine Choplin, Une forêt d’arbres creux (La Fosse aux ours)
  • Sophie Divry, Quand le diable sortit de la salle de bain (Noir sur blanc, Notabilia)
  • Mary Dorsan, Le présent infini s’arrête (P.O.L.)
  • Michaël Ferrier, Mémoires d’outre-mer (Gallimard)
  • Pascal Herlem, La sœur (Gallimard, L'Arbalète)
  • Jean-François Kervéan, Animarex (Robert Laffont)
  • Douna Loup, L’oragé (Mercure de France)
  • Mathieu Riboulet, Entre les deux il n’y a rien (Verdier)
  • Pierre Senges, Achab (séquelles) (Verticales)
  • Benoit Vincent, Farigoule Bastard (Le Nouvel Attila)

J'y note avec plaisir la présence de deux excellents romans dont les auteurs, Michaël Ferrier et Douna Loup, ont choisi Madagascar comme cadre. Vous trouverez d'ailleurs, dans l'autre blog que je tiens régulièrement, Actualité culturelle malgache, une rapide présentation des deux livres, un entretien avec Douna Loup et un autre avec Michaël Ferrier.

dimanche 28 juillet 2013

Des poches pour la route (3)

Il y a deux ans, Michaël Ferrier vivait à Tokyo au moment du tremblement de terre qui, dans la foulée, a donné naissance à un tsunami et a provoqué la catastrophe nucléaire que l’on sait. Il raconte et on tremble avec lui. Pas de peur, ou pas seulement. Mais physiquement, car il transpose la réalité dans une langue poétique qui touche le corps autant que l’esprit. Jamais peut-être n’a-t-on subi un séisme et ses conséquences de manière aussi intime. A moins de s’y être trouvé soi-même, bien sûr.

Mons Kallentoft, Printemps
Malin Fors, quatrième saison – La 5e saison, vient de paraître (Seuil). L’inspectrice qui fonctionne à l’intuition est très remontée contre le poseur de bombe à cause duquel deux petites filles sont mortes, puis leur mère. Une banque semble avoir été visée sur la Grand-Place de Linköping. L’attentat est revendiqué par un groupe inconnu dont c’est la première manifestation. Mais les voix des petites mortes guident Malin dans une tout autre direction. Haletant.

Alan Bennett, So shocking !
Il est toujours temps de vivre une sexualité libérée. Mrs Donaldson et Mrs Forbes, les héroïnes de deux courts romans choquants – choquants pour rire – le découvrent en même temps qu’un goût pour la sensualité qu’elles ne se connaissaient pas. Alan Bennett, spécialiste de la littérature médiévale, est aussi, sur un ton très contemporain, un prince de l’humour et des situations cocasses décrites avec élégance. Comme ses autres livres, celui-ci est de premier choix.

Marcel Theroux, Jeu de pistes
Quand il apprend la mort de son oncle Patrick, Damien March se demande d’abord : « Patrick qui ? » Il l’avait presque oublié. Mais sa disparition le conduit à changer de vie, à se poser beaucoup de questions sur cet homme qui fut un écrivain connu et, par un effet de miroir, à se regarder lui-même d’une tout autre manière. En tirant des fils autour de lui, Damien serre des nœuds. Jusqu’à devoir les trancher dans une conversation finale où tout s’éclaire.