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vendredi 4 mai 2018

Les Goncourt de printemps

C'est l'autre saison riche de l'académie Goncourt. On en parle moins, on a tort...
Poésie, nouvelle et premier roman trouvent place dans un beau palmarès qui mérite de s'y arrêter un moment.

La poétesse luxembourgeoise Anise Koltz, souvent récompensée par d'autres jurys, reçoit, pour l'ensemble de son oeuvre, le Goncourt de la poésie. A près de 90 ans (elle les aura en juin), il n'était pas trop tard, mais il était temps. Il y a deux ans, la collection Poésie/Gallimard avait publié une anthologie de ses poèmes, sous le beau titre: Somnambule du jour. J'en extrais le début de sa préface:
Dès que j’écris une phrase, je suis désorientée et embarrassée, déjà, j’ai envie de la rejeter pour dire dans la suivante le contraire. C’est que j’ai toujours l’impression que l’essentiel m’échappe. La double face, le côté caché des choses.
Et deux vers sous la simplicité desquels grouille un monde poétique:
Mes poèmes sont des pierres / du mur de lamentation
Le Goncourt de la nouvelle couronne, au premier tour à 6 voix contre 4 pour Hélène Lenoir (Demi-tour, chez Grasset), il aurait pu le faire il y a onze ans pour Microfictions (mais cela avait été, alors le Prix France Culture/Télérama), Régis Jauffret pour Microfictions 2018 (Gallimard), suite (et pas fin?) d'une entreprise gigantesque (étiquetée roman sur la couverture) à travers laquelle l'écrivain entend raconter, par fragments, rien moins que le monde. Un peu plus de mille pages pour moitié moins d'histoires brèves, taillées à l'os, cyniques, sévères, cruelles, et pourtant si tendres.
Je vous confie la chute de la dernière microfiction du volume, en espérant vous donner envie de découvrir tout ce qu'il y a avant:
Installée à la table de la cuisine Karine faisait semblant de corriger le manuscrit pendant que les deux flics me demandaient de les suivre tranquillement pour ne pas les obliger à me passer les menottes devant les enfants.
Le Goncourt du premier roman va, au premier tour à 6 voix contre 4 pour Myriam Leroy (Ariane, chez Don Quichotte), à Mahir Guven pour Grand frère (Philippe Rey), un ouvrage paru lors de la dernière rentrée littéraire d'automne et pas vraiment noyé dans la masse puisqu'il a émergé à la faveur, cette année déjà, des Prix Première, en Belgique, et Régine Deforges, en France. Le début accroche l'attention:
La seule vérité, c’est la mort. Le reste n’est qu’une liste de détails. Quoi qu’il vous arrive dans la vie, toutes les routes mènent à la tombe. Une fois que le constat est fait, faut juste se trouver une raison de vivre. La vie ? J’ai appris à la tutoyer en m’approchant de la mort. Je flirte avec l’une en pensant à l’autre. Tout le temps, depuis que l’autre chien, mon sang, ma chair, mon frère, est parti loin, là-bas, sur la terre des fous et des cinglés. Là où, pour une cigarette grillée, on te sabre la tête. En Terre sainte.

dimanche 3 septembre 2017

L’amour et la haine selon Régis Jauffret

La pratique épistolaire n’est-elle influencée à la baisse que par l’évolution des moyens de communication ? Toujours est-il que le roman épistolaire, genre qu’on peut trouver anachronique, est pratiqué par Régis Jauffret, écrivain qu’on ne peut en revanche qualifier d’antimoderne, dans Cannibales. Noémie s’y adresse, parfois sous pseudonyme, à Jeanne, qui lui répond. Geoffrey, compagnon de la première et fils de la seconde, intervient ensuite dans une conversation qui le touche de près.
Il n’en en effet question que de Geoffrey dans le dialogue lancé par Noémie quand elle annonce leur séparation à celle qui aurait pu, s’il y avait eu mariage, être sa belle-mère. Celle-ci ne fait pas trop de commentaires – « Vos histoires ne me regardent pas », écrit-elle. Mais prévient : elle a fait photocopier la lettre pour que Geoffroy la lise.
Les choses s’emballent, le ton monte entre Noémie et Jeanne, celle-ci défendant le fils que celle-là dénigre. Mais l’échange, qui aurait pu être rompu à chaque instant par l’une ou l’autre, prend une tournure différente : au fond, reconnaît Jeanne, Geoffroy n’est pas un type défendable, il n’a pas sa place dans la société, il faudrait même l’éliminer. Un désir de meurtre saisit les deux femmes, faisant cause commune au nom de la salubrité publique. Le complot est en marche, Jeanne envisage les différentes manières de préparer, à des fins gastronomiques, les morceaux de Geoffrey quand il sera mort, découpé. Elle conseille même à Noémie de lui manifester toute l’affection qu’elle n’éprouve pas afin d’attendrir la viande, de la rendre plus goûteuse. On se souvient d’Univers, univers, roman de Régis Jauffret qui se déroulait pendant que cuisait un gigot. Depuis, nous ne sommes pas sortis de la cuisine…
Mais les principaux ingrédients utilisés par Régis Jauffret sont l’amour et la haine. Une haine d’autant plus exacerbée qu’elle ne parle que d’amour. Une haine qui aide à vivre, ainsi qu’en prend conscience Jeanne : « Tout autant qu’un squelette, nous avons besoin de haine pour nous tenir debout », dit-elle à Noémie, heureuse de mettre des mots, quand bien même ils auraient été empruntés au galimatias d’un homme qui parlait à la télévision, sur les forces nouvelles qu’elle retrouve depuis que les complices caressent cette idée d’assassinat.
Sous les mots germe bien davantage que des intentions meurtrières : un besoin de vivre, une envie de partage, un rêve évanoui. Tout ce qui se dit et se sous-entend dans une correspondance.

samedi 20 août 2016

Les retournements de Régis Jauffret

Régis Jauffret l’écrivait en introduction : il a rejoint au printemps 2015 les « terres crépusculaires » de ceux qui ont passé le cap de la soixantaine. D’où ce Bravo lancé seize fois, non sans ironie, à de presque vieillard(e)s dont l’âge est souvent plus avancé. Mais pas tous : le narrateur d’« Une bonne espérance de vie » a seulement 55 ans et en a marre de se faire traiter de vieux. Même si sa femme, 28 ans, prétend le faire par affection.
Voilà le tableau et il faut bien du talent à Régis Jauffret pour en tirer quelque chose de réjouissant. Car Bravo est un livre bourré d’énergie. Parfois celle du désespoir, mais il suffit au lecteur de ne pas être à l’article de la mort pour se sentir très en forme en comparaison avec ce cortège de vieilles peaux.
Dans « Gisèle prend l’eau », un couple de vacanciers pourrait se contenter de prendre le soleil des Seychelles. Mais le mari devait, au point de départ, jouer un autre rôle et trouver le conjoint idéal pour Gisèle, avant de résigner à être celui-là, sans idéal. Piètre consolation : « Gisèle demeurerait belle et fraîche jusqu’à la fin de mes jours. » Fin annoncée dans un an ou deux, le temps, pourquoi pas, de s’offrir un grand frisson dont Gisèle ne sortira pas intacte.
Les blessures ne sont pas toujours, en effet, celles des années accumulées, même si elles contribuent à l’affaiblissement progressif et multiplient les risques de maladies opportunistes, prêtes à fondre sur un corps fatigué pour mieux l’achever. Comme dans « Le pollen du bonheur » où, à 63 ans, une femme n’a trouvé qu’un sens à sa vie. Et encore : sans être vraiment convaincue de sa pertinence. Elle se reproduisait. Dix garçons. Aujourd’hui, elle se sent mieux, elle a retrouvé sa dignité : un cancer.
Pas de quoi prendre un air affligé. Le pire peut devenir le meilleur, il suffit de l’envisager sous le bon angle – comme on photographie un visage asymétrique sous un profil plutôt que l’autre. Les situations les plus explosives fournissent les meilleures occasions de rire : « Une déferlante de haine » raconte une grandiose réception de Noël organisée par de vieux parents pour leur descendance au nombre imprécis. On dira, par euphémisme, que ça tourne mal. A moins que ça tourne très bien, c’est selon.
Car, de retournement en retournement, et même si les os craquent, l’esprit acquiert une souplesse grâce à laquelle il s’adapte à toutes les situations, dans une logique aussi confuse qu’inébranlable. D’où la tentation de voir Bravo comme un « roman mosaïque » plutôt qu’un recueil de nouvelles.
Les faits divers, ça suffit ? Les trois romans consacrés aux affaires Stern, Fritzl et DSK ont beaucoup fait parler d’eux…
Pour moi c’était écrire sur le réel, avec le réel, en essayant de sonder le réel en me rendant sur les lieux. Mais ces livres sont en même temps des fictions à part entière puisque j’investis le psychisme des protagonistes, ce qui est le privilège du romancier. DSK maintient sa plainte contre moi, ce qui devient grotesque après le déballage du procès de Lille. Il doit vraiment haïr la culture de l’écrit, car contrairement à ce qu’il a annoncé, il n’a pas osé porter plainte contre le film de Ferrara, Welcome to New York, dont il avait dit bien pire que de mon livre. 
La forme courte, et même plus courte que les nouvelles de Bravo, vous est familière. Y revenir, est-ce renouer avec un plaisir d’une nature particulière ?
Pas vraiment. Pour moi l’écriture est une. La fiction est toujours la fiction et jusqu’alors je n’ai jamais écrit que de la fiction… Seuls trois de mes livres partent d’événements réels, et j’en ai écrit quand même quelques-uns…
Vos vieux ne sont, dans l’ensemble, pas très sympathiques. Quelques-uns d’entre eux sont même franchement détestables. Ecrivez-vous contre vos personnages ?
Non. Mais les personnages sont des personnages à partir du moment où ils sont forts. Et puis les vieux ne sont ni plus gentils ni plus méchants que les jeunes. Je ne sais trop pourquoi beaucoup de gens pensent le contraire… Un type comme Staline par exemple, a été une ordure toute sa vie, Franco aussi…
Il en est quelques-uns dont les comportements semblent tout à fait invraisemblables. Vous ne vous étiez fixé aucune limite ?
Aucune. Mais l’invraisemblable le plus souvent existe…
Est-ce l’approche de la soixantaine qui vous fait regarder de plus près comment peuvent être les hommes et les femmes qui, devenus vieux, sont malgré tout « plus vivants que les morts » ?
Oui, comme je le dis dans le préambule de mon livre. En même temps, j’ai toujours parlé des vieux dans mes livres car ils contiennent toute une vie…

dimanche 7 août 2016

En rayon, Régis Jauffret avant la rentrée

Régis Jauffret, c'est parfois celui par qui le scandale arrive. Plusieurs de ses romans en effet, et particulièrement ces dernières années, sont sortis de la rubrique littérature pour passer dans la chronique judiciaire. Qu'on le regrette ou pas, les choses sont ainsi. Mais ne mélangeons pas tout, même si Cannibales, son nouveau roman à paraître dans une dizaine de jours, est encore une histoire d'amour qui franchit allègrement les limites de ce qu'on appelle la normalité - en supposant que celle-ci existe, personne à ma connaissance ne l'ayant encore prouvé de manière convaincante. A propos d'amour et d'histoire d'amour, je ressorts des rayons de la bibliothèque un autre roman, paru en 1998, dont le titre est tout naturellement... Histoire d'amour. Ce que j'en avais pensé à sa parution, et les premières lignes en prime.

Il est des livres dont on ressort un peu poisseux, avec l’envie de courir sous la douche pour se rincer du malaise qu’ils ont fait naître en nous. Mais rien ne peut nettoyer les traces d’Histoire d’amour, le cinquième roman de Régis Jauffret.
Si l’on s’en tient aux faits, pour lesquels le narrateur fera un peu de prison, c’est l’histoire d’un viol. Un homme suit une femme jusque chez elle, pénètre dans son appartement, la fait boire, en abuse. Sophie Galot, puisque tel est son nom, profite de ce qu’il s’est endormi pour appeler la police. On l’emmène, on le jette en prison, et après deux mois il en sort parce que Sophie a retiré sa plainte.
Un soir, il revient chez elle, les choses recommencent. Elle lui oppose une molle résistance, qui sera parfois plus vive à d’autres occasions, car il répète sans cesse ce viol. Elle change de travail, déménage, se cache, il la retrouve toujours, s’il le faut en allant chez ses parents – au passage, il violera aussi sa mère –, après un temps plus ou moins long.
Ils finissent, très curieusement, par se marier, et le « oui » qu’elle murmure lors de la cérémonie à la mairie – un petit oui mou et veule – est sur le même registre que sa relative passivité quand il la forçait, son incapacité à dire vraiment non.
Vue de l’extérieur, l’histoire peut se résumer ainsi.
Mais, précisément, elle est écrite d’un point de vue intérieur, puisque c’est le violeur qui raconte. Et il n’a pas le sentiment de commettre des actes vraiment violents, même s’il lui arrive de s’excuser après avoir quelque peu brutalisé Sophie quand elle l’a irrité. Il est mû par un seul sentiment : l’amour, bien plus que le désir.
Ce dont il rêve, c’est que Sophie s’habitue à lui, qu’ils vivent ensemble, qu’ils partagent un appartement… Rêve de fou, mais pas si fou peut-être – la fin semble presque justifier tout le reste, l’injustifiable.
Entre violence et émotion, le roman de Régis Jauffret refuse de choisir. Humain, trop humain, il se tient sur le fil du rasoir et donne le vertige. Ainsi donc, même dans des actes aussi insensés, il y aurait une logique ? Attention : l’auteur ne cherche pas non plus à excuser son personnage.
Le plus troublant, c’est qu’il n’y a aucun jugement dans sa démarche fictionnelle. Seulement ce malaise devant des sentiments que l’on aurait sans doute préféré ne pas voir, et les voici en face de nous…
Un matin, je l’ai vue assise en face de moi dans le wagon de métro qui me ramenait du lycée. J’ai tout de suite compris qu’elle serait ma femme. Sa poitrine était grosse, je me la figurais ferme, avec des aréoles d’un beau rose. Sous son pull, il me semblait que le ventre était plat, élastique, et qu’il se terminait par une pilosité abondante. J’imaginais son sexe chaud, sec, collé au sous-vêtement. Quand elle s’est levée et qu’elle est descendue sur le quai, je l’ai suivie. Elle a pris la rue St-André-des-Arts, elle s’est arrêtée pour acheter un croissant. Elle a bifurqué, et elle a débouché boulevard St-Germain. Elle est entrée dans une boutique. Je n’ai pas osé lui emboîter le pas, je suis resté un moment à l’épier devant la vitrine. Il n’y avait encore aucune cliente, elle rangeait des robes sur des cintres. Quand j’en ai eu assez d’être debout, je me suis installé à la terrasse vitrée d’un café voisin et j’ai attendu de la voir ressortir. Elle n’est apparue qu’à dix-sept heures trente, je l’ai prise aussitôt en filature.

mercredi 14 décembre 2011

Les poids lourds, au sens propre, de la rentrée de janvier

La première chose qui me frappe, dans l'exploration en cours de la rentrée d'hiver (pour l'instant, je la hume, j'ouvre les livres et je les referme), c'est le poids d'un bon nombre d'ouvrages. Les écrivains du vingt et unième siècle sont-ils devenus incapables de faire court? (Je précise qu'un bon livre est, à mon sens, celui qui a la taille idéale dans laquelle son auteur se sent à l'aise et, dans le meilleur des cas, son lecteur aussi.)
Je prends, par exemple, les 714 pages du nouveau roman de David Lodge, Un homme de tempérament, qui me tente beaucoup. C'est du copieux, et je me demande si l'auteur d'Un tout petit monde tient sur cette distance, qui me semble inhabituelle pour lui, le pétillement qui caractérise son œuvre. J'espère que oui, parce que j'ai l'intention de m'y mettre sans tarder.
Les 689 pages d'A.S. Byatt dans Le livre des enfants sont encore plus impressionnantes, en raison d'un choix typographique plus serré. Mais la sœur de Margaret Drabble a de la ressource, et je ne crois pas que je vais m'ennuyer.
Antonio Muñoz Molina vogue dans les mêmes eaux, s'agissant du volume de Dans la grande nuit des temps (768 pages). Grande, dit-il...

En France, Régis Jauffret n'a pas non plus lésiné sur le nombre de pages avec Claustria, un livre que je ne suis pas le seul à attendre: 544. La matière, il est vrai, est celle des 3096 jours d'enfermement de Natascha Kampusch, transposée dans un roman - l'écrivain n'en est pas à son coup d'essai dans le fait divers détourné du côté de la fiction.
Stéphane Koechlin publie un livre de 600 pages, Le vent pleure, Marie, dont Louis Armstrong et la revue Rock and Folk ne sont pas absents.
Et le premier roman de Pierre Patrolin déroule sur 720 pages La traversée de la France à la nage - je suis très curieux de voir ça.

Il en manque peut-être, dans les grands formats. Mais ceux-ci m'ont frappé. Parce qu'ils m'attirent. Au moins autant qu'un certain nombre d'ouvrages à la taille plus raisonnable - il y en a beaucoup, heureusement pour les heures que je me prépare à passer, dès la semaine prochaine, dans la rentrée littéraire de janvier.

lundi 12 décembre 2011

Demain, ou presque, la rentrée des poches

Ça sent la fin de l'année, le chroniqueur s'épuise aux derniers articles de 2011, se désespère de n'avoir pas lu tel ou tel livre qui lui aurait pourtant, croit-il, apporté bien du bonheur (parfois, pour se rassurer, il se dit qu'il aurait peut-être été déçu et que ce n'est donc pas si grave). Il tente de prendre du recul en visitant l'actualité de 1912 (je vous dirai bientôt pourquoi). Et il voit, sur le coin du bureau, le bel agenda de la Pléiade marqué, en lettres d'or, 2012. De quoi 2012 sera-t-il fait? s'interroge-t-il. Entre autres choses, de belles séances de rattrapage grâce aux livres de poche dans lesquels il plongera avec les délices de l'urgence décalée.
Revue de quelques titres attendus à partir du 4 janvier.

En commençant par celui que beaucoup ont lu déjà (pas moi) et que beaucoup plus encore attendent (j'en suis): le deuxième tome de Millenium. La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette, titre prometteur après Les hommes qui n'aimaient pas les femmes par lequel j'avais été séduit, il y a un an et demi déjà.
Stieg Larsson, mort avant d'avoir pu boucler le quatrième volume de ces polars, ignorait probablement à quel point il rassemblerait les lecteurs autour de ce massif isolé dans la production littéraire contemporaine. Il ignorait davantage encore comment le cinéma relaierait le succès de ses livres.
Dans un autre registre, une chronique toujours en cours (le cinquième volet est publié en même temps qu'est réédité le précédent) peut être lue avec un an de retard. C'est donc avec la même joie un peu sadique que je me plongerai dans la Quatrième chronique du règne de Nicolas Ier, où Patrick Rambaud utilise son imagination dans les marges du réel.
J'aurai en revanche quelques hésitations avant d'ouvrir Suite(s) impériale(s), de Bret Easton Ellis, auteur un peu trop culte à mon goût pour que sa littérature soit tout à fait honnête - mais j'espère me tromper. Et la première semaine de janvier aura quand même été, avec ces trois livres, assez riche pour passer à la suivante.

Le 11 janvier, je ne relirai probablement pas Une forme de vie, laissant Amélie Nothomb à celles et ceux qui aiment ça - c'est rarement mon cas, et certainement pas avec ce livre-ci.
En revanche, je serai heureux de retrouver Herta Müller avec La bascule du souffle, un roman époustouflant qui justifierait bien, à lui tout seul (mais il y en a d'autres), un prix Nobel de littérature.
Mais pourquoi donc n'avais-je pas lu le deuxième roman de Jean-Baptiste Del Amo alors que j'avais beaucoup aimé le premier. Voilà qui mérite une réparation, dont l'occasion est accordée grâce à la réédition du Sel.
Tant qu'à évoquer des réparations, j'en dois une aussi à Régis Jauffret, dont je n'ai pas lu Tibère et Marjorie.

Ce sont quelques envies, parmi beaucoup d'autres, dont les conséquences trouveront un écho ici (et ailleurs).

jeudi 10 février 2011

L'année littéraire (14) - Fiction (?) et vie privée

Le sujet revient régulièrement sur le tapis, et c'est bien naturel. Les écrivains n'ont pas assez d'imagination - enfin, pas tous - pour éviter, dans leurs romans, la présence du réel. Celui-ci est même plutôt le bienvenu puisque, s'il est réel, il devrait être au moins vraisemblable et donner à leurs livres la même autorité qu'un article de journal ou une page de journal télévisé. Puisqu'on vous le dit, ça a vraiment existé...
Donc, des personnes se retrouvent dans des fictions. Ou des membres de leurs familles. Ce n'est pas toujours agréable.
(Je ne suis pas certain d'avoir apprécié de m'être lu, certes tel qu'en moi-même, mais dans une posture discutable, dans le livre d'un auteur qui avait traversé quelques instants de ma vie.)
Les choses ne vont pas toujours jusqu'au procès. La vraie Hélène du roman de Christine Angot, Les petits, ne semble pas envisager une action en justice, bien que tous ses proches l'aient reconnue dans le portrait peu flatteur proposé par l'écrivaine. L'article que lui consacre Anne Crignon, Comment Christine Angot a détruit la vie d'Elise B., ne l'évoque pas. Le problème d'un procès, c'est qu'il sert de publicité à l'ouvrage mis en cause...
La famille d'Edouard Stern, le banquier suisse tué en 2005 par sa maîtresse dans le cadre d'une relation sado-masochiste, n'a pourtant pas hésité à attaquer Régis Jauffret et son éditeur, le Seuil, pour la manière dont le roman Sévère traite un fait divers dont la presse a parlé d'abondance. La publicité n'est pas faite ainsi qu'au livre, mais aussi au film en projet qui devrait en être tiré, avec Laetitia Casta dans le rôle de la maîtresse et Benoît Poelvoorde dans celui du banquier assasiné. Triste affaire, belle fiction?
Triste fiction et belle affaire, en tout cas, que cette autre accusation portée contre PPDA qui aurait, dans Fragments d'une femme perdue, recopié au moins en partie des lettres que lui avait adressé la femme par laquelle le roman a été inspiré. Le journaliste-écrivain-copiste, à peine (mal) sorti de l'affaire Hemingway, devra donc répondre au tribunal (en juin, en principe) de sa supposée légèreté dans l'utilisation qu'il ferait des phrases écrites par d'autres que lui. Bien sûr, il est encore, à l'heure qu'il est, présumé innocent...
Il serait fastidieux d'établir une liste - elle serait trop longue - de grands écrivains ayant, par le passé, puisé ainsi dans ce qu'ils savaient de leurs proches pour armer leurs personnages de caractéristiques vraisemblables. Au moins a-t-on aujourd'hui oublié les originaux, quand on se souvient encore des personnages.
Moralité: à la fin, c'est généralement la fiction qui gagne. Mais la fiction de qualité, catégorie dans laquelle chacun est libre, ou pas, de ranger les livres évoqués aujourd'hui - la postérité jugera, et nous ne serons plus là pour donner notre avis.