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samedi 24 janvier 2015

La reine des ventes

Tout, sauf une surprise: le livre qui s'est le plus vendu l'année dernière en France, bien qu'il soit paru dans les premiers jours du dernier quadrimestre, est celui de Valérie Trierweiler, Merci pour ce moment. 603.300 exemplaires, d'après le top 50 établi par GfK pour Livres Hebdo. Et, puisque le cinéma a décidé d'en tirer des images, il est probable que ce succès connaîtra une nouvelle flambée quand le film sortira en salles. Comme ce sera le cas, incessamment sous peu, pour Fifty shades (je ne sais pas pourquoi on est revenu au titre en V.O.), d'E.L. James, dont le premier volume au format de poche se place sur la deuxième marche de ce podium, avec 575.600 exemplaires.
Oui, on peut donc encore faire fortune avec un livre, mais il faut que celui-ci pique la curiosité et pénètre les alcôves qui nous sont habituellement, dans la vie normale, inaccessibles...
Eric Zemmour et son Suicide français n'ont pas tout à fait pris la forme du tsunami idéologique et commercial qu'espéraient ses partisans - ils avaient annoncé que le livre allait atteindre et dépasser les chiffres de vente de celui de l'ex-première compagne. On en reste assez loin, avec 338.200 exemplaires, pour la douzième place du classement et avec, il est vrai, une existence plus brève d'un mois.
Et la littérature, dans tout ça? Pour ne vexer personne, et surtout pas les lecteurs accrochés à leur best-seller comme à un doudou, on se contentera de relever les ventes et les classements des lauréats de prix littéraires.
La réédition au format de poche de La vérité sur l'affaire Harry Quebert, de Joël Dicker, est dixième (375.700 exemplaires).
Charlotte, de David Foenkinos, quatorzième (319.900 exemplaires).
Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, de Patrick Modiano, quinzième (285.400 exemplaires).
Pas pleurer, de Lydie Salvayre, vingt-cinquième (227.100 exemplaires).
Au revoir là-haut, de Pierre Lemaitre, toujours en grand format, quarante-et-unième (167.800 exemplaires).
Et... c'est tout pour les prix littéraires - encore avez-vous noté comme nous que trois de ces titres seulement ont été couronnés en 2014.

mercredi 5 février 2014

50 nuances, on remet ça en poche

A leur première rencontre, Anastasia croit voir passer l’ombre d’un sourire sur le visage de Christian Grey. Elle n’en est pas certaine. Elle croit qu’il se retient de sourire dès la page suivante. Cela continue : il sourit « d’un air modeste mais vaguement déçu », « sans une trace d’humour », il esquisse un sourire, il découvre « des dents si blanches et si parfaites » qu’elle en a le souffle coupé, il a un sourire ironique, un autre qui n’atteint pas les yeux, il esquisse à nouveau un sourire – une manière d’esquiver ? –, il a « un petit sourire », son sourire s’accentue, « un sourire erre sur ses lèvres et ses yeux pétillent comme s’il savourait une plaisanterie connue de lui seul », puis « il sourit encore comme s’il gardait un mystérieux secret connu de lui seul ». Ce sera ensuite un sourire en coin, un sourire qui dit « j’ai un secret » (celui-là, on le connaissait), retour du sourire en coin, un sourire qui retrousse « ses lèvres ourlées et sensuelles », un sourire « secret », « un sourire poli qui n’atteint pas ses yeux » (on le connaissait aussi), un sourire sans commentaires, un « sourire de sphinx » qu’Anastasia ne voit pas mais entend (?), un « petit sourire, l’air sincèrement amusé », un sourire « comme si c’était une affaire entendue », un sourire – attention, un sommet de sourire – « éblouissant, spontané, naturel, sublime », un simple sourire, un demi-sourire (peut-être imaginé), un sourire tout court, un autre, un nouveau sourire « secret », « un petit sourire ironique d’encouragement », « son drôle de petit sourire », un demi-sourire esquissé (un quart de sourire, peut-être ?), un sourire « amusé, sardonique »… Sardonique ? Les choses se compliquent, nous sommes à la page 76 (de l'édition en grand format), Christian Grey n’a pas fini d’ajouter d’autres nuances de sourires, ou les mêmes, à un roman qui, à la longue, rend les muscles zygomatiques douloureux.
Pas seulement ceux-là. E.L. James ne craint pas les longueurs et les répétitions dans Cinquante nuances de Grey. Il vaut mieux par exemple ne pas remarquer dès la page 47 (toujours dans l'édition originale) qu’un pantalon descend sur les hanches de Christian Grey, parce que cela arrivera encore six fois. A force, le spectacle s’use.
Le premier roman de la trilogie – car, oui, il en reste deux après celui-ci pour aller au bout de la trilogie Fifty Shades, on n'ose pas le redire en français – arrive en poche précédé d’une réputation sulfureuse. Au bout des 672 pages (dans l'édition au format de poche), on se demande ce qui l’a suscitée. Dans le même temps, on admire les centaines de milliers, les millions de lecteurs et surtout de lectrices qui se sont obstinés avant moi et qui disent y avoir trouvé du plaisir. Je ne l'ai pas partagé, cherchant en vain la modernité de ce machin...

mercredi 15 janvier 2014

Des livres par camions : les meilleures ventes de 2013

Si cela a un intérêt, je m'arrête un instant sur les chiffres que GfK a communiqués hier dans son Top 50 des meilleures ventes de livres en 2013. Sébastien Rouault, chef du groupe livres chez GfK, semble admirer le dynamisme du secteur - par "secteur", il faut entendre les cinquante meilleures ventes et rien d'autre. Elles représentent 14,2 millions d'exemplaires en 2013 contre 12 l'année précédente et la hausse du chiffre d'affaires est comparable: 183 millions d'euros contre 162.
Mais que la vie est belle et comme tout va bien! Le livre reste donc un créneau porteur et sa santé est loin d'être chancelante, comme s'en inquiètent quelques alarmistes!
Le livre? Non: le best-seller, espèce transgénique poussée au gigantisme et à l'enflure, où les spécialistes du "marché" ne se préoccupent en rien du goût et ne s'intéressent qu'à la quantité. Si cela vous rappelle d'autres pans du commerce, vous ne vous êtes pas trompé. Pendant ce temps, personne ne nous dira comment se portent de plus humbles artisans appliqués à donner le meilleur d'eux-mêmes.
Car enfin, que nous sert-on, dans cette mirifique liste?
Un énorme Astérix chez les Pictes, vendu à.... (Non, je n'ose même pas le dire, allez voir les chiffres dans le document original.) Une honnête suite des aventures gauloises dont on se demande s'il était nécessaire de s'écraser les pieds dans les boutiques (je n'ose pas trop non plus parler de librairies) pour en acheter, parfois en pièces détachées comme aux pires moments des soldes quand on s'arrache les bonnes affaires, 1.634.490 exemplaires. Bon, je l'ai lâché. J'avais même parlé de l'album, pour ne pas en dire de mal, d'ailleurs, mais je concluais sur ce que représentait vraiment cette publication: une extraordinaire machine à cash. Et cela sans boule de cristal, admirez l'artiste!
On trouve ensuite, mon dieu! mon dieu! les trois inoubliables volumes de Cinquante nuances de Grey et ses suites. Ne reculant devant aucun sacrifice, j'avais lu le premier. Ne comptez pas sur moi pour les autres. Maso un peu mais pas trop. Je ne comprends pas ce qu'on peut trouver d'émoustillant dans la construction ou l'écriture telles que les pratique l'inénarrable E.L. James, que l'on croirait sortie d'une émission de variétés genre Nouvelle Star, ou appelez-la comme vous voulez, dans laquelle on aurait accepté, probablement suite à une erreur de casting, une... euh... une... bon, disons écrivaine. (On ne dit dans l'oreillette que le côté émoustillant n'était pas à chercher dans l'écriture mais dans les scènes érotiques - désolé, je n'ai pas été émoustillé non plus.)
Et puis, et puis... le Dan Brown de l'année, Inferno, que j'avais commencé à lire en anglais, plutôt séduit, et que j'ai terminé en français, beaucoup moins convaincu.
J'ajoute, en 7e, 9e, 13e et 14e place de ce classement qui commence à me sortir par les oreilles, les quatre romans annuels (deux en grand format, deux rééditions en poche) des frères ennemis du best-seller français fabriqué sur mesure au printemps pour être emporté sur les plages l'été, j'ai nommé, vous les avez reconnus, Guillaume Musso et Marc Levy, que j'avais malicieusement (puisqu'il faut bien un peu de légèreté dans ce monde du pavé) associés lors de la sortie presque commune de leur annuelle nouveauté sans rien de neuf en 2012, ce qu'il n'est pas insolite de rappeler maintenant puisque ces deux originaux sans rien d'original sont les poches parus en 2013, ceux qui se retrouvent donc dans la superbe liste de GfK.
Rien à sauver, donc, au royaume du best-seller? Mais si, mais si...
Le prix Goncourt de Pierre Lemaitre, Au revoir là-haut, n'est sans doute pas le roman qui va révolutionner la littérature, mais ce n'était pas le but et c'est une lecture solide (10e dans le classement), quoi qu'en pensent d'autres commentateurs - les mêmes, généralement, qui ont dit le plus grand mal du roman de Joël Dicker, La vérité sur l'affaire Harry Quebert, encore 18e en 2013 alors qu'il est sorti l'année précédente. Je vous renvoie à la note que j'avais publié le jour où il a reçu le Grand Prix du roman de l'Académie française.
La longue durée, c'est un peu la spécialité du format de poche qui redonne vie à des titres de Gilles Legardinier, Michel Bussi, Grégoire Delacourt, Jonas Jonasson, Delphine de Vigan, Victoria Hislop ou Hélène Grémillon. Voire Boris Vian, grâce au film, ou David Foenkinos, grâce au film aussi, hélas!
Je note quand même, car il ne faut pas jeter les 50 best-sellers de 2013 avec l'eau du bain de la prochaine rentrée littéraire, que Michel Serres et Antoine Compagnon se sont introduits (par effraction?) dans cette liste, le premier avec Petite Poucette, le second avec Un été avec Montaigne - ce qui fait beaucoup d'avec en une seule phrase, mais je ne suis pas responsable de tous.
Et je termine sur une note optimiste, avec grâce à la 25e place de Romain Puèrtolas, dont L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea a été une des belles révélations de l'automne dernier, même s'il est sorti en août, le jour où je vous proposais un entretien avec son auteur.
Je n'ai pas cité tous les titres, ceux-ci suffisent, me semble-t-il, à donner un aperçu du paysage rarement réjouissant, à quelques exceptions près, du monde du best-seller.

lundi 31 décembre 2012

L'autre rentrée littéraire


Après l’avalanche de nouveautés en août et septembre, après la distribution des prix littéraires en novembre, on a à peine pris le temps de souffler que, dès la semaine prochaine, c’est reparti. Les libraires francophones vont à nouveau crouler sous les piles de livres tout frais sortis de l’imprimerie. Succès annoncés et découvertes à faire, la saison s’annonce riche.
La production est en hausse : 520 nouveautés, c’est presque 10 % de plus qu’en 2012. Le marché s’ouvre, espèrent les éditeurs français, en cette année qui suit l’élection présidentielle – événement dont la triste réputation est bien établie : à la fin de chaque quinquennat, les ventes de fiction sont « plombées » par le déplacement des centres d’intérêt vers la politique. En janvier 2013, les esprits seront nettoyés de la pollution d’une campagne électorale et prêts, espère-t-on, à aborder d’autres rivages.
La traduction a le vent en poupe. De l’anglais (et de l’américain surtout) d’abord, tendance lourde qui se reflétera dans les listes de meilleures ventes dès le début du mois de janvier. Le deuxième volume de la trilogie érotico-sado-maso-gnangnan signée E.L. James sort le 3 janvier. Il n’y a aucune raison de penser que la suite de Cinquante nuances de Grey (chez Lattès) sera meilleure que le début. Mais il y a toutes les raisons de croire qu’elle sera achetée encore et encore.
De l’autre côté de l’Atlantique (E.L. James est britannique) nous viennent des écrivains beaucoup plus prometteurs. Jeffrey Eugenides n’en est qu’à son troisième roman avec Le roman du mariage (L’Olivier) mais la puissance de Virgin suicides et de Middlesex, ses œuvres précédentes, fait de chaque rendez-vous avec l’écrivain américain un moment plein d’espoir. Sa compatriote Joan Didion s’est, bien malgré elle, plongée ces dernières années dans les thèmes de la perte et du deuil. Après la mort de son mari, dont elle parlait dans L’année de la pensée magique, elle a dû vivre celle de sa fille adoptive, nœud de son nouveau livre, Le bleu de la nuit (Grasset).
Sur la vague du succès de son gros roman en trois tomes, 1Q84, l’éditeur français du Japonais Haruki Murakami exhume en février deux documents jamais traduits en français et groupés en un seul volume, Underground (Belfond). Après l’attentat au gaz sarin qui avait frappé le métro de Tokyo en 1995, l’écrivain avait enquêté sur les bords opposés de l’événement : côté victimes, d’une part, côté auteurs, de l’autre – des membres de la secte Aum.
Chez les écrivains français, le chéri de ses lectrices, David Foenkinos, revient au roman après l’échec du film réalisé d’après La délicatesse. Il l’affirme : Je vais mieux (Gallimard). Et commence ainsi : « On sait toujours quand une histoire commence. J’ai immédiatement compris que quelque chose se passait. Bien sûr, je ne pouvais pas imaginer tous les bouleversements à venir. Au tout début, j’ai éprouvé une vague douleur ; une simple pointe nerveuse dans le bas du dos. Cela ne m’était jamais arrivé, il n’y avait pas de quoi s’inquiéter. C’était sûrement une tension liée à l’accumulation de soucis récents. »
Le magazine Lire a choisi de présenter à ses lecteurs, dès ce mois de décembre, quatre ouvrages français de 2013. Yasmina Reza publie Heureux les heureux (Flammarion), roman explosé en multiples récits qui se croisent parfois. Catherine Cusset part vers l’Inde avec Indigo (Gallimard), une semaine marquante dans ce pays pour quatre Français. Andreï Makine réalise une variation, une de plus, sur Catherine II de Russie dans Une femme aimée (Seuil), à travers le projet de film conduit par un cinéaste. Et Patrick Rambaud termine avec soulagement sa chronique du règne de Nicolas Ier (comprenez Nicolas Sarkozy) : Tombeau de Nicolas Ier et avènement de François IV (Grasset).
Neuf titres cités parmi 520 nouveautés à paraître dans les deux mois qui viennent, c’est peu. Il y en aura évidemment bien d’autres à lire, d’autant qu’il faut ajouter, aux inédits, les rééditions au format de poche sur lesquelles nous nous focaliserons dans les semaines à venir : le dernier volume de la trilogie de Stieg Larsson, Millénium (Bebel) ; l’énorme succès de Douglas Kennedy, Cet instant-là (Pocket) ; un inédit de Ken Follet, Paper Money (Livre de poche) ; etc.

mercredi 17 octobre 2012

Cinquante sourires de Grey

A leur première rencontre, Anastasia croit voir passer l’ombre d’un sourire sur le visage de Christian Grey. Elle n’en est pas certaine. Elle croit qu’il se retient de sourire dès la page suivante. Cela continue : il sourit « d’un air modeste mais vaguement déçu », « sans une trace d’humour », il esquisse un sourire, il découvre « des dents si blanches et si parfaites » qu’elle en a le souffle coupé, il a un sourire ironique, un autre qui n’atteint pas les yeux, il esquisse à nouveau un sourire – une manière d’esquiver ? –, il a « un petit sourire », son sourire s’accentue, « un sourire erre sur ses lèvres et ses yeux pétillent comme s’il savourait une plaisanterie connue de lui seul », puis « il sourit encore comme s’il gardait un mystérieux secret connu de lui seul ». Ce sera ensuite un sourire en coin, un sourire qui dit « j’ai un secret » (celui-là, on le connaissait), retour du sourire en coin, un sourire qui retrousse « ses lèvres ourlées et sensuelles », un sourire « secret », « un sourire poli qui n’atteint pas ses yeux » (on le connaissait aussi), un sourire sans commentaires, un « sourire de sphinx » qu’Anastasia ne voit pas mais entend, un « petit sourire, l’air sincèrement amusé », un sourire « comme si c’était une affaire entendue », un sourire – attention, un sommet de sourire – « éblouissant, spontané, naturel, sublime », un simple sourire, un demi-sourire (peut-être imaginé), un sourire tout court, un autre, un nouveau sourire « secret », « un petit sourire ironique d’encouragement », « son drôle de petit sourire », un demi-sourire esquissé (un quart de sourire, peut-être ?), un sourire « amusé, sardonique »… Sardonique ? Les choses se compliquent, nous sommes à la page 76, Christian Grey n’a pas fini d’ajouter d’autres nuances de sourires, ou les mêmes, à un roman qui, à force, rend les muscles zygomatiques douloureux.
Pas seulement ceux-là. E.L. James ne craint pas les longueurs et les répétitions. Il vaut mieux par exemple ne pas remarquer dès la page 47 qu’un pantalon descend sur les hanches de Christian Grey, parce que cela arrivera encore six fois. A force, le spectacle s’use.
Cinquante nuances de Grey, le premier roman de la trilogie – car, oui, il en reste deux après celui-ci – arrive en français précédé d’une réputation sulfureuse. Au bout des 560 pages, on se demande ce qui l’a suscitée. Dans le même temps, on admire les centaines de milliers de lecteurs qui se sont obstinés avant nous et qui disent y avoir trouvé du plaisir. Je ne l’ai pas partagé.

P.S. Ceci est la version longue (mais pas si longue) d'un article paru ce matin dans Le Soir.

jeudi 19 juillet 2012

Du sexe pour pimenter les classiques? Drôle d'idée...

Il fut un temps où l'érotisme et la pornographie, en littérature, étaient tout simplement... de la littérature. Bonne ou mauvaise, selon le talent de l'auteur. Les voici devenus un argument commercial. Comment peut-on tomber si bas?
Le succès anglo-saxon de Fifty Shades of Grey, par E.L. James qui lui a aimablement donné deux suites (Fifty Shades Darker et Fifty Shades Freed), en a inspiré plus d'un. Bien sûr, nous aurons prochainement une traduction en français de ce best-seller (à la qualité douteuse, d'après ses lecteurs critiques). Ce sera le 17 octobre, chez Lattès - déjà le titre est nul: 50 nuances de Grey, franchement... Et si la cravate de la couverture vous donne envie d'une séance de fouet, prévenez-moi, j'ai l'adresse d'un bon psy.
Donc, dans la série: vous n'échapperez plus au sexe, voici Clandestine Classics - les classiques clandestins, pour ceux qui n'auraient pas compris. Une réécriture non censurée de romans connus. Non censurée? Et dire que nous pensions lire des versions intégrales de Jane Eyre ou d'Orgueil et préjugés... Nous aurait-on menti depuis si longtemps? Pas tout à fait. L'idée (appelons ça une idée) qui préside à la collection est - je l'interprète ainsi - que les auteurs classiques se sont auto-censurés, bridant leur imagination érotique pour ne pas être condamnés par la morale de leur époque.
C'est, d'une part, faire fi des nombreuses condamnations morales, voire pénales, qui ont ponctué l'histoire de la littérature - demandez à Baudelaire, à Flaubert, à Oscar Wilde, et demandez-vous aussi pourquoi tant d'écrivains (je vous renvoie à ce que je disais récemment de Georges Bataille) ont cru nécessaire de prendre un pseudonyme pour publier certains de leurs livres, de peur des représailles. La liste est longue...
C'est, d'autre part, faire semblant d'ignorer qu'un romancier est totalement libre d'aller là où il veut dans la sexualité explicite, implicite, ou dans l'absence de sexualité. Depuis quand serait-on obligé de pimenter un livre par des scènes "osées" (les guillemets s'imposent) pour qu'il acquière de la valeur aux yeux de ses lecteurs?
Ridicule...
Tiens! me voici presque en colère!
Il n'y a pas de quoi? Attendez un peu. Marie Sexton (un mari, une fille, deux chats et un chien, cela devait forcément lui donner de l'inspiration) a revu et corrigé Vingt mille lieues sous les mers, qui manquait certainement de piquant. Pauvre Jules Verne! Pourquoi n'a-t-il pas imaginé la passion qui lie désormais Pierre Aronnax et Ned Land? Le Nautilus comme club de partouzes, avouez que vous n'y auriez pas pensé! Moi non plus, et je m'abstiendrai d'y penser davantage...