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samedi 9 novembre 2019

Non, je n’ai rien contre les cerfs


© Clame Reporter
Pourtant, je n’ai lu ni Les grands cerfs, de Claudie Hunzinger (Grasset), qui a reçu cette semaine le Prix Décembre ni La tentation, de Luc Lang, Prix Médicis du roman français le lendemain. J’avais déjà lu et apprécié auparavant des livres de l’une et de l’autre, la présence de l’animal aux bois fiers n’avait rien pour m’éloigner de leurs nouveaux romans.
Quoiqu’on fasse, on n’arrive décidément pas à tout lire.
(Et je n’ai pas non plus tardé à fournir cette explication parce que j’aurais été embarrassé d’en trouver une, il ne faut mettre ce retard que sur le compte de la fourniture électrique qui a été, ces derniers jours, pire que défaillante. Ce n’est pas la première fois, je me précipite dans ces cas-là sur les travaux les plus urgents, généralement ce qu’attend de moi Le Soir et c’était, hier, pour écrire un article sur le très beau Miss Islande d’Auður Ava Ólafsdóttir, traduit par Éric Bouty, paru chez Zulma et orné désormais d’une bande qui signale le Prix Médicis étranger.)
Mais je voulais vous parler des cerfs, et me défendre de la réputation qu’on pourrait me faire de les fuir, afin de n’être pas en butte à la colère de la prochaine meute de ces animaux que je pourrais rencontrer – encore que, sous les contrées où je vis, la probabilité soit mince…
Je rappellerai donc des faits.
Comment je n’ai pas craint de me loger, le temps de la lecture, à l’Hôtel du Grand Cerf de Franz Bartelt (Seuil), quelque part du côté de la frontière franco-belge, malgré le fantôme d’une actrice morte là quarante ans plus tôt et l’inquiétant remue-ménage qui s’y produit dans l’espace de la fiction.
Comment, avec Caroline Lamarche, j’ai chanté Dans la maison un grand cerf (Gallimard), en chœur avec Berlinde, plasticienne, qui fait de l’animal un usage singulier et très personnel.
Comment, enfin, pour ne pas remonter trop loin dans le temps, j’ai été accompagné par l’image d’un daim blanc (d’accord, il y a une nuance) grâce à Tiens ferme ta couronne, de Yannick Haenel (Gallimard), avec Robert De Niro lui-même.
Tu le vois bien, cerf, petit ou grand, tu es mon ami. Et je serai le tien si tu le désires…

mercredi 2 octobre 2019

Goncourt : Amélie Nothomb et les autres

J’ai une impression dont je vais faire une hypothèse (et peut-être que je me trompe, ce n’est pas grave, le monde continuera de tourner) : le Goncourt, cette année, va renouveler le « coup » de 1984, quand il a couronné L’amant, de Marguerite Duras, qui s’était déjà vendu à 250 000 exemplaires et grimpa ensuite jusqu’au million (source Wikipédia).
Et qui pourrait mieux endosser ce rôle de locomotive qu’Amélie Nothomb, dont Soif est, comme ses romans précédents, mais exceptionnellement, cette fois, pour de bonnes raisons, un succès de l’automne ? Je ne connais pas les chiffres actuels des ventes, il y a trois semaines elles frôlaient, d’après Livres Hebdo, les 40 000 exemplaires. Ce qui, de nos jours, est très respectable. Le Goncourt, en choisissant ce titre, se donnerait, à peu de frais, le luxe de « booster » le roman au niveau d’un méga-best-seller. Et le droit d’affirmer qu’il est redevenu le prix littéraire qui fait vendre le plus…
En tout cas, Jean-Philippe Dalembert, Hélène Gaudy, Anne Pauly, Abel Quentin, Sébastien Spitzer et Karine Tuil sont sortis du jeu.
Je n’ai pas lu encore tous les livres qui ont été maintenus dans la deuxième sélection (il me manque ceux d’Amigorena, d’Appanah et de Miano) mais mes préférences vont toujours à Jean-Paul Dubois.
  • Santiago H. Amigorena. Le ghetto intérieur  (POL)
  • Nathacha Appanah. Le ciel par-dessus le toit (Gallimard)
  • Dominique Barbéris. Un dimanche à Ville-d'Avray (Arléa)
  • Jean-Luc Coatalem. La part du fils (Stock)
  • Jean-Paul Dubois. Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon (L'Olivier)
  • Léonora Miano. Rouge impératrice (Grasset)
  • Hubert Mingarelli. La terre invisible (Buchet Chastel)
  • Amélie Nothomb. Soif (Albin Michel)
  • Olivier Rolin. Extérieur monde (Gallimard)
Pendant ce temps, le Médicis a rafraîchi les deux premières sélections déjà publiées et a donné sa première pour les essais.
Côté roman français, Violaine Huisman, Myriam Leroy, Jean-Noël Orengo, Monica Sabolo, Jean-François Samlong et Martin Tince ont disparu. Il reste Santiago H. Amigorena, Brigitte Giraud, Claudie Hunzinger, Victor Jestin, Luc Lang, Kevin Lambert, Guillaume Lavenant, Vincent Message et Christine Montalbetti.
Cinq romans étrangers ont également été oubliés. On n’oubliera pas nécessairement pour autant les noms de leurs auteurs et autrices, Selahattin Demirtas, Giogio Falco, Lidia Jorge, Christian Kracht et Regina Porter. On se souviendra peut-être davantage de celle ou celui qui, parmi les huit retenus, recevra le Médicis étranger : Nina Allan, Mircea Cartarescu, Arno Geiger, Jennifer Nansubuga Makumbi, Joyce Carol Oates, Edna O’Brien, Auður Ava Olafsdottir ou Manuel Vilas.
Quatorze essais composent la première sélection, avec des choix assez étranges en faveur des Éditions Verdier (je suis pour cette maison, mais peu favorable à l’idée de déplacer complètement les territoires des genres) puisqu’un épais recueil de nouvelles signé Didier Daeninckx ou le superbe récit d’Anne Pauly sont rangés ici. Admettons, le jury Médicis fait ce qu’il veut, après tout…

mardi 6 novembre 2018

Prix Médicis: Pierre Guyotat, Rachel Kushner et Stefano Massini

Réjouissez-vous avec moi (ce n'est pas une obligation mais, plus on est de fous...). Quand j'ai fourni, samedi dernier, mes impressions aux lecteurs du Soir sur les prix littéraires de cette semaine, il me semblait que Philippe Lançon aurait le Prix Femina et que Pierre Guyotat était le candidat le mieux adapté au Prix Médicis.
Le jury du Médicis a pensé comme moi: Pierre Guyotat est son lauréat 2018 pour le roman français (vous avez dit roman?) avec Idiotie. Cela tombe d'autant mieux que je vous ai dit déjà tout ce que j'avais envie que vous sachiez sur ce livre et l'oeuvre de son auteur il y a quelques jours, quand on a appris qu'il recevrait à Brive, là, maintenant, tout de suite ou presque, le Prix de la langue française.
Pour être complet, je vous signale que le Médicis étranger va à Rachel Kushner (Le Mars club, Stock) et le Médicis essai à Stefano Massini (Les Frères Lehman, Globe). Comme je n'ai pas lu ces deux livres, je ne vous en dirai pas davantage.

jeudi 4 octobre 2018

La deuxième sélection du Médicis

A son tour, le Prix Médicis pratique l'élagage - le désherbage, dit-on en bibliothèque. Cinq romans français de moins (ceux de Sophie Daull, Carole Fives, Philippe Lançon, Nicolas Mathieu et Catherine Poulain), quatre romans étrangers aussi (signés Javier Cercas, Jon Kalman Stefansson, Zoe Valdes et Brad Watson). Des grands noms de part et d'autre, il faut bien trancher vous dit le boucher...
En compensation, la première sélection des essais propose neuf titres, abondance de biens ne nuit pas.
Il semble bien que, les traditions foutent le camp, une dernière sélection n'est pas annoncée - ce qui ne devrait pas l'interdire. La remise des prix reste fixée au 6 novembre.
Les uns, les autres et encore les autres dans les lignes qui suivent.

Roman français
  • Emmanuelle Bayamack-Tam. Arcadie (P.O.L.)
  • Nina Bouraoui. Tous les hommes naturellement désirent savoir (Lattès)
  • Pauline Delabroy-Allard. Ca raconte Sarah (Minuit)
  • David Diop. Frères d'âme (Seuil)
  • Pierre Guyotat. Idiotie (Grasset)
  • Franck Maubert. L'eau qui passe (Gallimard)
  • Fanny Taillandier. Par les écrans du monde (Seuil)

Roman étranger
  • Horacio Castellanos Moya. Moronga (Métailié)
  • Selahattin Demirtas. L'aurore (Emmanuelle Collas)
  • Rachel Kushner. Le Mars Club (Stock)
  • Yiyun Li. Cher ami, de ma vie je vous écris dans votre vie (Belfond)
  • Zadie Smith. Swing Time (Gallimard)
  • Peter Stamm. La douce indifférence du monde (Bourgois)

Essai
  • Peter Ackroyd. Queer city (Philippe Rey)
  • Bernard Cerquiglini. L’Invention de Nithard (Minuit)
  • Elisabeth de Fontenay. Gaspard de la nuit (Stock)
  • Annie Lebrun. Ce qui n’a pas de prix (Stock)
  • Stefano Massini. Les Frères Lehman (Globe)
  • Laure Murat. Une révolution sexuelle? Réflexions sur l'après-Weinstein (Stock)
  • Jérome Prieur. La moustache du soldat inconnu (Seuil)
  • Philippe Vasset. Une vie en l’air (Fayard)
  • Marc Weitzmann. Un temps pour haïr (Grasset)


jeudi 13 septembre 2018

Aucun roman auto-édité chez Amazon dans les sélections du Médicis

La présence, dans la sélection du Renaudot, de Marco Koskas avec un roman qu'il a confié aux bons soins d'Amazon faute, dit-il, d'avoir trouvé un véritable éditeur, pose des questions. Des bonnes et des moins bonnes. Malheureusement, ce ne sont pas les meilleures qui sont mises en avant dans la polémique née d'un jury qui aggrave son cas - car Patrick Besson avait en toute simplicité reconnu sa culpabilité dans l'affaire, passe encore, c'est un distrait, mais Georges-Olivier Châteaureynaud s'est depuis joint à une ligne de front qui, esprit de provocation aidant, risque de prolonger la polémique. Je ne sais plus qui, peu importe d'ailleurs, évacuait le problème en disant que ce livre ne passerait pas le cap de la deuxième sélection. Est-ce si sûr? Bon, on verra.
En attendant, la sélection, ou plutôt les sélections (aux prix du roman français et du roman étranger) pour le Médicis ne renvoient qu'à la littérature, un soulagement (et oublions les comptes d'apothicaire de la proportion entre éditeurs Galligrassud - aïe, qu'est-ce que j'ai dit?).
Le Médicis sera remis le 6 novembre, la deuxième sélection (et la première des essais) est espérée le 4 octobre (et je crois que, dans la précipitation, je m'étais un peu planté ce matin avec le calendrier des prix littéraires, je promets de remettre cela à l'endroit incessamment sous peu).
Vous la voulez, cette double sélection? Elle arrive.

Roman français
  • Emmanuelle Bayamack-Tam. Arcadie (P.O.L.)
  • Nina Bouraoui. Tous les hommes naturellement désirent savoir (Lattès)
  • Sophie Daull. Au grand lavoir (Philippe Rey)
  • Pauline Delabroy-Allard. Ca raconte Sarah (Minuit)
  • David Diop. Frères d'âme (Seuil)
  • Carole Fives. Tenir jusqu'à l'aube (Gallimard, L'Arbalète)
  • Pierre Guyotat. Idiotie (Grasset)
  • Nicolas Mathieu. Leurs enfants après eux (Actes Sud)
  • Philippe Lançon. Le lambeau (Gallimard)
  • Franck Maubert. L'eau qui passe (Gallimard)
  • Catherine Poulain. Le coeur blanc (L'Olivier)
  • Fanny Taillandier. Par les écrans du monde (Seuil)

Roman étranger
  • Javier Cercas. Le monarque des ombres (Actes Sud)
  • Horacio Castellanos Moya. Moronga (Métailié)
  • Selahattin Demirtas. L'aurore (Emmanuelle Collas)
  • Rachel Kushner. Le Mars Club (Stock)
  • Yiyun Li. Cher ami, de ma vie je vous écris dans votre vie (Belfond)
  • Zadie Smith. Swing Time (Gallimard)
  • Peter Stamm. La douce indifférence du monde (Bourgois)
  • Jon Kalman Stefansson. Asta (Grasset)
  • Zoe Valdes. Désirée Fe (Arthaud)
  • Brad Watson. Miss Jane (Grasset)

jeudi 9 novembre 2017

Yannick Haenel, Prix Médicis

Encore un bon prix pour un excellent roman français - l'année est presque exceptionnelle.
Yannick Haenel est le lauréat du Prix Médicis. Une information comme je les aime...
Parfois, c’est assez rare, un roman sort du rang, nous fait un signe qu’on ne comprend pas tout de suite, forcément : il s’agit de se signaler comme différent, hors normes. De se hisser au-dessus de l’art et de la compréhension de la vie. L’ambition ne suffit pas à la réussite, encore faut-il avoir les moyens de mener en solitaire une expérience des limites. Yannick Haenel, avec Tiens ferme ta couronne, manifeste son ambition avec une exigence qui conduit son livre au niveau des monstres convoqués ici : Herman Melville et Michael Cimino, rien de moins. C’est dire qu’on se situe, entre Moby Dick et La porte du paradis, au-delà des recettes du succès, dans la prise de risques maximale. C’est fascinant.
Le scénario auquel travaille le narrateur porte sur un sujet non seulement inhabituel mais aussi peu adéquat pour l’exercice du pitch avec lequel convaincre un producteur : « l’intérieur mystiquement alvéolé de la tête de Melville ». Il le sait, son travail est irrecevable dans l’état actuel du cinéma. Il s’en fout, il poursuit son idée avec l’irrémédiable sentiment d’un échec qui, d’une certaine manière, fait déjà sa fierté.
L’obsession du créateur tourne à la déconfiture. Mais il est grandiose jusque dans ses impasses et pratique la transmutation du vil plomb en or noble avec un art consommé de la pirouette. Son scénario improbable se retrouve malgré tout, par l’intermédiaire d’un producteur français, entre les mains de Cimino lui-même. Leur rencontre à New York, rendez-vous bien sûr manqué devant un tableau de Rembrandt, Le Cavalier polonais, à la Frick Collection de New York, puis sauvé par des retrouvailles devant le musée, est une merveille de littérature épique. Un parcours dans la ville, un restaurant, la statue de la Liberté, tout est mis en relief sous les lumières d’un éclairagiste génial.
Le récit que fera le narrateur de ce moment inoubliable est mis en forme comme un thriller auquel participera, comme elle jouait dans La porte du paradis, Isabelle Huppert, arrivée par hasard dans le restaurant où se sont réunis le scénariste et le producteur français. Elle est une apparition, de la même manière que Lena à d’autres moments, maîtresse du personnage principal, qui conduit celui-ci dans le décor saugrenu du musée de la Chasse et de la Nature. La chasse occupe une place essentielle dans le roman, bien que souvent hors champ : l’image du daim poursuivi par Robert De Niro dans Voyage au bout de l’enfer, un autre film de Cimino, renvoie à « une phrase de Melville qui disait qu’en ce monde de mensonges, la vérité était forcée de fuir dans les bois comme un daim blanc effarouché ».
Les différentes pièces introduites dans le puzzle se mettent en place avec une redoutable efficacité. Il faut dire un mot du chien Sabbat, dont le narrateur a la garde chaque fois que son voisin s’absente, c’est-à-dire souvent, et qui est lui-même un rouage du récit. Tot, le propriétaire du chien, est un chasseur et possède, entre autres armes, une carabine Haenel, dont on rappelle que l’écrivain porte le nom, susceptible d’abattre peut-être un jour un homme qui aurait perdu Sabbat.
Des mystères multiples entourent les personnages, un danger mal défini semble naître des situations les plus incongrues, l’intérieur mystiquement alvéolé d’une tête, celle de Melville ou celle du scénariste, ne se visite pas selon une logique simple. Au contraire, la complexité est à la base de Tiens ferme ta couronne, mais une complexité qui trouve en nous des échos renvoyant à quelque chose de grand, d’impossible même à mesurer vraiment. C’est pourquoi on aime la folie de ce livre.

Le Médicis du roman français va à Paolo Cognetti, double prix Strega en version originale, avec Les huit montagnes (Stock)
Et le Médicis essai à Shulem Deen pour Celui qui va vers elle ne revient pas (Globe).

mercredi 1 novembre 2017

Le Renaudot sélectionne, pas le Médicis

Les dernières sélections sont toutes arrivées, les décisions tomberont la semaine prochaine, en même temps que les dernières têtes. Le jury du Prix Renaudot, attribué lundi comme le Goncourt, a réduit ses listes à cinq romans et trois essais. On n'affirmera pas pour autant y voir plus clair. Toujours est-il que, du côté du roman, aucun titre n'est en commun avec la dernière sélection du Goncourt. Ce doit être exceptionnel, même si je n'ai pas vraiment vérifié ce qui s'était passé ces dernières années.

Romans
  • Mahi Binebine. Le fou du roi (Stock)
  • Olivier Guez. La disparition de Josef Mengele (Grasset)
  • David Lopez. Fief (Seuil)
  • Patricia Reznikov. Le songe du photographe (Albin Michel)
  • Anne-Sophie Stefanini. Nos années rouges (Gallimard)
Essais
  • Justine Augier. De l’ardeur (Actes Sud)
  • Salim Bachi. Dieu, Allah, moi et les autres (Gallimard)
  • Jean-Luc Coatalem. Mes pas vont ailleurs (Stock)
En revanche, la réunion du jury du Prix Médicis a abouti à une absence de décision. La deuxième sélection est restée la troisième. Il semble bien difficile de réunir les membres de cette équipe assez dissipée en 2017...

vendredi 29 septembre 2017

La boulimie du Prix Médicis

Mais comment font-ils, les jurés du Médicis? Ils ont lu tous les romans français, tous les romans étrangers, tous les essais de l'année? N'exagérons rien. Mais ils sont les seuls à allonger leur deuxième sélection pour le roman français (avec La Bosco, de Julie Mazzieri, paru chez José Corti), ce qui porte à quinze le nombre d'ouvrages sélectionnés. Ils y ajoutent, avec une générosité sans pareille, à moins que ce soit de l'esprit d'indécision, douze romans traduits et onze essais. Allez tenter, vous qui voyez clair dans les boules de cristal, un pronostic sur le verdict final, connu le 9 novembre. Pour ma part, je m'en garde, et je me contente de noter que, en l'absence de toute élimination dans la seule liste donnée jusqu'ici par les jurés du Médicis, François-Henri Désérable reste sélectionné pour tous les prix majeurs de l'automne. Oui, tous: dans l'ordre d'attribution, Académie française, Jean Giono, Goncourt, Renaudot, Femina, Interallié, Médicis... N'en jetez plus, consultez plutôt les sélections que voici.

Roman français
  • Jakuta Alikavazovic. L’avancée de la nuit (L’Olivier)
  • Kaouther Adimi. Nos richesses (Seuil)
  • Delphine Coulin. Une fille dans la jungle (Grasset)
  • Louis-Philippe Dalembert. Avant que les ombres s’effacent (Sabine Wespieser)
  • François-Henri Désérable. Un certain M. Piekielny (Gallimard)
  • Arthur Dreyfus. Sans Véronique (Gallimard)
  • Brigitte Giraud. Un loup pour l’homme (Flammarion)
  • Anne Godard. Une chance folle (Minuit)
  • Olivier Guez. La disparition de Josef Mengele (Grasset)
  • Mahir Guven. Grand frère (Philippe Rey)
  • Yannick Haenel. Tiens ferme la couronne (Gallimard)
  • Christophe Honoré. Ton père (Mercure de France)
  • David Lopez. Fief (Seuil)
  • Julie Mazzieri. La Bosco (Corti)
  • Chantal Thomas. Souvenirs de la marée basse (Seuil)

Roman étranger
  • Brit Bennett. Le coeur battant de nos mères (Autrement)
  • Renato Cisneros. La distance qui nous sépare (Bourgois)
  • Paolo Cognetti. Les huit montagnes (Stock)
  • Gouzel Iakhina. Zouleikha ouvre les yeux (Noir sur blanc)
  • Han Kang. Leçons de grec (Serpent à plumes)
  • Esther Kinsky. La rivière (Gallimard)
  • Eka Kurniawan. Les belles de Halimunda (Sabine Wespieser)
  • James McBride. Mets le feu et tire-toi (Gallmeister)
  • Zakhar Prilepine. L’archipel des Solovki (Actes Sud)
  • Juan Gabriel Vasquez. Le corps des ruines (Seuil)
  • Colson Whitehead. Underground Railroad (Albin Michel)
  • Michael Winter. Au nord-est de tout (Sous-sol)

Essais
  • Frédéric Boyer. Là où le coeur attend (P.O.L.)
  • Charles Dantzig. Traité des gestes (Grasset)
  • Shulem Deen. Celui qui va vers elle ne revient pas (Globe)
  • Caroline Emcke. Contre la haine (Seuil)
  • François-Xavier Fauvelle. A la recherche du sauvage idéal (Seuil)
  • Catherine Millet. Aimer Lawrence (Flammarion)
  • Jacques Rancière. Les bords de la fiction (Seuil)
  • Philippe Sands. Retour à Lemberg (Albin Michel)
  • Maud Simonnot. La nuit pour adresse (Gallimard)
  • Nicholas Stargardt. La guerre allemande (Vuibert)
  • Pierre Vesperini. Lucrèce (Fayard)

jeudi 14 septembre 2017

La première sélection du Médicis

Le jury du Prix Médicis fournit, c'est une habitude, le résultat de son premier tour de table assez tardivement. Venus de la nuit, voici donc les titres dont il sera question lors des prochaines réunions, le 26 septembre pour la deuxième sélection, le 30 octobre pour la troisième et enfin le 9 novembre pour la proclamation du prix. Il y aura, la prochaine fois, promis, des romans étrangers, dans lesquels le jury, incomplet pour le premier rendez-vous, n'a pas encore fait ses choix. On aura peut-être doit en même temps à la première sélection dans les essais.
En attendant, on se contente de ces 14 titres, trois chez Gallimard et au Seuil, deux chez Grasset, un à l'Olivier, chez Sabine Wespieser, Flammarion, Minuit, Philippe Rey et au Mercure de France.

Roman français
  • Jakuta Alikavazovic. L’avancée de la nuit (L’Olivier)
  • Kaouther Adimi. Nos richesses (Seuil)
  • Delphine Coulin. Une fille dans la jungle (Grasset)
  • Louis-Philippe Dalembert. Avant que les ombres s’effacent (Sabine Wespieser)
  • François-Henri Désérable. Un certain M. Piekielny (Gallimard)
  • Arthur Dreyfus. Sans Véronique (Gallimard)
  • Brigitte Giraud. Un loup pour l’homme (Flammarion)
  • Anne Godard. Une chance folle (Minuit)
  • Olivier Guez. La disparition de Josef Mengele (Grasset)
  • Mahir Guven. Grand frère (Philippe Rey)
  • Yannick Haenel. Tiens ferme la couronne (Gallimard)
  • Christophe Honoré. Ton père (Mercure de France)
  • David Lopez. Fief (Seuil)
  • Chantal Thomas. Souvenirs de la marée basse (Seuil)



mercredi 2 novembre 2016

Prix Médicis: Ivan Jablonka

On va reparler de l'ambiguïté de l'appellation roman, puisque le livre d'Ivan Jablonka, Laëtitia ou La fin des hommes, qui vient de recevoir le Prix Médicis du roman français, n'en est pas vraiment un. Ce qui ne l'avait pas empêché d'être sélectionné pour le Goncourt. Mais l’historien a bien le droit d’être écrivain, comme il l’expliquait dans Le Monde dont il avait déjà reçu le prix littéraire : « Aujourd’hui, l’histoire est assez solide, assez forte, pour tenter des expériences. Construire la narration, varier les points de vue, restituer une atmosphère, inventer des formes nouvelles ».
Laëtitia Perrais est la jeune fille assassinée par Tony Meilhon en janvier 2011, à Pornic, en Loire-Atlantique. Un fait divers dont s’emparent, avant même que le corps de la victime soit retrouvé, outre les enquêteurs et la justice, les médias, la population et… le président de la République. De ce fait divers, Ivan Jablonka fait un récit exemplaire, chargé de compassion autant que de colère, de scrupuleuse exactitude que de sentiments personnels : « Il y a, dans la vie de Laëtitia, trois injustices : son enfance, entre un père violent et un père d’accueil abusif ; sa mort atroce, à l’âge de dix-huit ans ; sa métamorphose en fait divers, c’est-à-dire en spectacle de mort. Les deux premières injustices me laissent désolé et impuissant. Contre la troisième, tout mon être se révolte. »
Au lieu de mettre en avant le personnage de l’assassin, comme c’est si souvent le cas dans les reconstitutions, romanesques ou non, de crimes, l’auteur manifeste toute son attention et sa sollicitude à la victime et à ses proches. En commençant par Jessica, la sœur jumelle de Laëtitia, passée, à la fin tragique près, par des événements si semblables, malgré toutes leurs différences.
Pas un aspect n’échappe au regard d’Ivan Jablonka. Il reconstitue les étapes de l’enfance et de l’adolescence, interroge l’évolution contrariée de la jeune fille, situe par rapport à elle toutes ses relations, longues ou éphémères, suit bien sûr de près, aidé en cela par l’enquête, la dernière journée et les ultimes moments, puis la disparition de Laëtitia, la découverte du corps, ou plutôt les découvertes des morceaux de son corps, le jugement de Tony Meilhon…
Le factuel est irréprochable. Mais il prend surtout son sens quand il s’inscrit dans une réalité sociologique, dans les troubles d’une vie, dans les questions sans réponses d’une attitude face au danger, ce jour-là, peu compatible avec la discrétion dont faisait preuve Laëtitia. Ainsi que, ce n’est pas le plus anodin, dans la récupération politique d’une affaire au cours de laquelle les juges furent fustigés par Nicolas Sarkozy et quasiment désignés comme responsables de la mort de Laëtitia.
Il y a des pages sordides, parce qu’elles décrivent des situations sordides. Le pire étant « l’affaire dans l’affaire, l’horreur dans l’horreur, le glauque dans l’atroce », quand on apprend que le bon, l’excellent bien qu’un peu autoritaire Monsieur Patron, assistant social chez qui étaient placées les jumelles, était lui-même un prédateur sexuel. Aucune page cependant ne peut être taxée de voyeurisme malsain. Chacune est nécessaire pour circonscrire l’ampleur d’un désastre qui déborde de ce seul fait divers.
« Pour la première fois, j’ai honte de mon genre », écrit Ivan Jablonka vers la fin de l’ouvrage. Car ce sont les hommes, et pas seulement Tony Meilhon, qui ont fait du mal à Laëtitia. Et pas seulement à Laëtitia, mais aussi à Jessica et à combien d’autres femmes, adolescentes, petites filles. « Les hommes, ce sont ceux qui règlent les disputes à coups de cutter, qui vous démontent à coups de poing, qui éjaculent dans le sopalin que vous devez tenir […]. À la fin, ce sont toujours les hommes qui gagnent, parce qu’ils font de vous ce qu’ils veulent. »
Cette enquête, dit-il encore, l’a rendu triste. Nous aussi. Mais on ne l’oubliera pas.

Par ailleurs, le Médicis du roman étranger va à Steve Sem-Sandberg pour Les élus (Laffont) et le prix de l'essai à Jacques Henric pour Boxe (le Seuil, qui réalise un beau doublé).

mardi 11 octobre 2016

Coup de tonnerre au Prix Médicis

Coup de tonnerre? N'est-ce pas excessif? A peine. Pensez donc: le premier roman de Gaël Faye, Petit pays, présent dans la première sélection du Médicis, n'a pas passé l'obstacle de la deuxième - alors qu'il est toujours retenu par l'ensemble des autres acteurs historiques de la saison des prix littéraires: Académie française, Femina, Goncourt, Renaudot et Interallié. Est-ce le premier signe d'une décélération à venir pour celui qui avait fait la course en tête?
(Et voyez comment on en parle, il faudrait retrouver un Léon Zitrone pour commenter les prix littéraires sur le ton dont il racontait le Grand Prix de l'Arc de Triomphe. Mais comment le faire autrement quand les écrivains sont les canassons de la culture?)
Bref, la deuxième sélection du Prix Médicis, arrivée tard dans la nuit alors que mes paupières avaient fini, non sans mal, par se clore, ne ressemble pas aux autres. Les jurés ont aussi écarté Jean-Baptiste Del Amo et Laurent Mauvignier, parmi les auteurs très en vue cette saison (et chargés de quel handicap?), pour lesquels ils n'ont pas eu plus de considération que pour David Boratav, Stéphane Corvisier, Christine Montalbetti ou Florence Seyvos. Et, parmi ceux qui restent, le plus grand nombre n'a été retenu que par le jury du Médicis - par aucun autre.
La liste des romans étrangers s'est resserrée aussi, il reste huit titres sur les onze de la première sélection, et les essais, que les jurés, essentiellement romanciers, mettent peut-être plus de temps à lire, sont annoncés, avec une première sélection de neuf ouvrages, parmi lesquels ne se trouve pas Laetitia, d'Ivan Jablonka - car le livre est dans la liste des romans...
Suivez-vous? Eprouvez-vous quelques difficultés à vous y retrouver? Un récapitulatif de toutes les sélections des principaux prix littéraires de l'automne vous aidera peut-être à faire le point: il est ici.
Et voici donc les trois sélections du Prix Médicis.

Romans français
  • Nathacha Appanah, Tropique de la violence (Gallimard)
  • Stéphane Audeguy, Histoire du lion Personne (Seuil)
  • Nicolas Idier, Nouvelle jeunesse (Gallimard)
  • Ivan Jablonka, Laetitia ou la fin des hommes (Seuil)
  • Denis Michelis, Le bon fils (Notabilia)
  • Céline Minard, Le grand jeu (Rivages)
  • Arnaud Sagnard, Bronson (Stock)
Romans étrangers
  • Niccolo Ammaniti, Anna (Grasset)
  • Nickolas Butler, Des hommes de peu de foi (Autrement)
  • Christoph Hein, Le noyau blanc (Métailié)
  • Edna O’Brien, Les petites chaises rouges (Sabine Wespieser)
  • Ferdinand von Schirach, Tabou (Gallimard)
  • Steve Sem-Sandberg, Les élus (Robert Laffont)
  • Samar Yazbek, Les portes du néant (Stock)
  • Nell Zink, Une comédie des erreurs (Seuil)
Essais
  • Philippe Costamagna. Histoires d’oeils (Grasset)
  • Ghislaine Dunant. Charlotte Delbo. La vie retrouvée (Grasset)
  • Hubert Haddad. Les coïncidences exagérées (Mercure de France)
  • Kaoutar Harchi. Je n’ai qu’une langue, ce n’est pas la mienne (Pauvert)
  • Jacques Henric, Boxe (Seuil)
  • Alice Kaplan. En quête de L’Etranger (Gallimard)
  • Jean-Claude Milner. Relire la Révolution (Verdier)
  • Laure Murat. Ceci n’est pas une ville (Flammarion)
  • Benedetta Craveri. Les derniers libertins (Flammarion)

mardi 13 septembre 2016

Prix Médicis, première (et Prix de Flore, rattrapage)

Les infos tombent à des heures variables mais, jusqu'à présent, les dates annoncées sont respectées. Le jury du Prix Médicis a donc rendu sa copie hier soir, trop tard pour moi, et je la découvre, comme vous, ce matin - 14 romans français et 11 étrangers, les essais attendront un peu avant le tri. Ce sera peut-être le 10 octobre qui semble être devenu le nouveau rendez-vous pour une deuxième liste (j'avais d'abord noté le 6, mais je fais confiance à Livres Hebdo).

Romans français
  • Nathacha Appanah, Tropique de la violence (Gallimard)
  • Stéphane Audeguy, Histoire du lion Personne (Seuil)
  • David Boratav, Portrait du fugitif (Phébus)
  • Stéphane Corvisier, Drama Queen Palace (Grasset)
  • Jean-Baptiste Del Amo, Règne animal (Gallimard)
  • Gaël Faye, Petit pays (Grasset)
  • Nicolas Idier, Nouvelle jeunesse (Gallimard)
  • Ivan Jablonka, Laetitia ou la fin des hommes (Seuil)
  • Laurent Mauvignier, Continuer (Minuit)
  • Denis Michelis, Le bon fils (Notabilia)
  • Céline Minard, Le grand jeu (Rivages)
  • Christine Montalbetti, La vie est faite de ces toutes petites choses (P.O.L.)
  • Arnaud Sagnard, Bronson (Stock)
  • Florence Seyvos, La sainte famille (L’Olivier)

Romans étrangers
  • Niccolo Ammaniti, Anna (Grasset)
  • Nickolas Butler, Des hommes de peu de foi (Autrement)
  • Ralph Dutli, Le dernier voyage de Soutine (Le bruit du temps)
  • Christoph Hein, Le noyau blanc (Métailié)
  • James E. McTeer II, Minnow (Editions du Sous-sol)
  • Edna O’Brien, Les petites chaises rouges (Sabine Wespieser)
  • Ferdinand von Schirach, Tabou (Gallimard)
  • Steve Sem-Sandberg, Les élus (Robert Laffont)
  • Antonio Xerxenesky, L’histoire de la femme qui devait tuer Orson Welles (Asphalte)
  • Samar Yazbek, Les portes du néant (Stock)
  • Nell Zink, Une comédie des erreurs (Seuil)

Ivan Jablonka se retrouve romancier, comme au Goncourt (tandis qu'il est essayiste pour le Renaudot), Céline Minard est moins seule que son héroïne, Laurent Mauvignier n'est pas oublié et Gallimard reste le meilleur pour l'occupation du terrain.
J'avais négligé, au passage, le Prix de Flore, il n'est peut-être pas inutile que je complète votre information (si vous ne vous servez pas ailleurs avec les dix titres retenus la semaine dernière, avant une deuxième sélection le 4 octobre (comme le Goncourt et le Femina, ce dernier n'ayant encore rien dit) et une remise du prix le 8 novembre, au lendemain du Prix Décembre.
  • Samuel Benchetrit, La nuit avec ma femme (Plon/Julliard)
  • Boris Bergmann, Déserteur (Calmann-Lévy)
  • Adélaïde de Clermont-Tonnerre, Le dernier des nôtres (Grasset)
  • Cédric Gras, Anthracite (Stock)
  • Elitza Gueorguieva, Les cosmonautes ne font que passer (Verticales/Gallimard)
  • Arnaud Sagnard, Bronson (Stock)
  • Joann Sfar, Comment tu parles de ton père (Albin Michel)
  • Leïla Slimani, Une chanson douce (Gallimard)
  • Philippe Vasset, La légende (Fayard)
  • Nina Yargekov, Double nationalité (P.O.L.)

jeudi 5 novembre 2015

Racine lauréat du Médicis, avec Nathalie Azoulai

Chaque année, il y a des éditeurs heureux pendant la grande semaine des prix littéraires. Des malheureux aussi, mais on ne va pas en parler, je préfère rester à la joie de voir Nathalie Azoulai recevoir le Prix Médicis avec un superbe roman, Titus n'aimait pas Bérénice, et associer à cette joie un éditeur de qualité, P.O.L., qui depuis 2011 est salué une année sur deux par le Médicis. Pour la troisième fois, donc.
La langue glisse entre le passé - Racine et sa tragédie Bérénice - et le présent - la tragédie que vit la Bérénice d'aujourd'hui, quittée par Titus. La langue creuse le réel et sa chimie mystérieuse crée des effets de lumière qui nous expliquent, par le détour de la poésie, ce que nous vivons. Ou, au moins, ce que vit Bérénice. Voyez comment Nathalie Azoulai nous montre Racine au travail:
Pendant plus de vingt jours, il ne remet pas les pieds au cabaret. Ses amis le cherchent, le sollicitent, mais, à tous, il répond qu’il travaille. Ils épinglent son penchant pour la pénitence. Jean n’essaie pas de les démentir mais, en réalité, ce qu’il veut, c’est quitter Paris la tête haute. Il se fixe des cadences, s’oblige à former au moins vingt vers par jour. Au bout de huit, il en voit le bout mais revient en arrière, perce des forages autour d’un seul mot, corrige sans relâche. C’est tout le contraire d’une pénitence, se dit-il, ça me grise autant que le vin. Jadis, lorsqu’il écrivait, son sang coulait avec lenteur dans ses veines, désormais il est fluide, rapide, fouetté. Ou peut-être n’avait-il tout simplement pas encore bien identifié la sensation de plaisir, celle qui soulève le cœur, redescend, enflamme le bas des reins, au passage du nerf sympathique.
Cette eau-là, qui s'appelle littérature, n'est pourtant pas pure. Au contraire, elle draine des matières diverses qui lui donnent une couleur, une saveur sans pareille.
Titus n'aimait pas Bérénice est un beau, un très beau roman. Un plaisir de prix littéraire.
Le jury Médicis a aussi donné son prix du roman étranger à Hakan Günday, pour Encore (Galaade), que je n'ai pas lu. Mais qui, pour le peu que j'en sais, devrait éveiller des échos avec Sauve qui peut la vie (Seuil) le livre de la lauréate du Médicis Essai, Nicole Lapierre. Je conseille à ses lecteurs, pour entendre sur un sujet d'actualité un discours bien moins convenu que celui dont on leur rebat les oreilles, de se précipiter sur le chapitre "L'héroïsme des immigrés".

jeudi 29 octobre 2015

Les murmures confus du jury Médicis

Je m'interrogeais ici même, après la première sélection du Prix Médicis, sur la question de savoir si les jurés avaient trop lu ou pas assez - il y avait 28 livres pour les deux prix du roman seulement. Hier soir, avaient-ils trop bu ou pas assez?, les jurés se sont séparés sans rien changer à la deuxième sélection établie il y a trois semaines.
J'imagine assez bien une réunion qui dure, qui n'en finit pas, au cours de laquelle les uns et les autres se sont racontés leurs petites histoires - les femmes, les hommes, les éditeurs, la dernière rumeur politique, que sais-je? - pendant des heures. Et puis, au moment où tout le monde commençait à fatiguer, où les moins vifs avaient envie d'aller se coucher et les plus éveillés d'aller s'enfiler un verre ailleurs, quelqu'un a levé un sourcil et a lâché:
- Merde! on a oublié de parler de la dernière sélection!
A quoi quelqu'un d'autre, mais il est difficile de savoir s'il (ou elle) appartenait au cercle des précocement assoupis ou des tardivement excités, a répondu:
- Pas grave, on va garder celle de la fois dernière.
Ce qui, avant d'éteindre les lumières, fut accordé dans un murmure entendu comme un acquiescement collectif. Il était de toute manière trop tard pour faire la révolution.
Et voilà pourquoi la dernière sélection du Médicis, des Médicis, pardon, est exactement celle que je vous donnais il y a trois semaines.
Je n'y suis pour rien, je n'étais pas à la réunion.
Un rappel, est-ce quand même une information?
Aujourd'hui, on dira que oui.

Romans français
  • Nathalie Azoulai, Titus n’aimait pas Bérénice (P.O.L.)
  • Christophe Boltanski, La cache (Stock)
  • Charles Dantzig, Histoire de l’amour et de la haine (Grasset)
  • Maryline Desbiolles, Le beau temps (Seuil)
  • Sophie Divry, Quand le diable sortit de la salle de bain (Noir sur blanc, Notabilia)
  • Hédi Kaddour, Les prépondérants (Gallimard)
  • Aram Kebabdjian, Les désoeuvrés (Seuil)
  • Laure Limongi, Anomalie des zones profondes du cerveau (Grasset)
  • Fabrice Loi, Pirates (Gallimard)
  • Antoine Mouton, Le metteur en scène polonais (Bourgois)
  • Delphine de Vigan, D’après une histoire vraie (Lattès)
Romans étrangers
  • Javier Cercas, L’imposteur (Actes Sud)
  • Hakan Günday, Encore (Galaade)
  • Deepti Kapoor, Un mauvais garçon (Seuil)
  • Eirikur Orn Norddahl, Illska (Métailié)
  • Anna North, Vie et mort de Sophie Stark (Autrement)
  • Robert Seethaler, Une vie entière (Sabine Wespieser)
  • Jon Kalman Stefansson, D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds (Gallimard)
  • Agatha Tuszynska, La Fiancée de Bruno Schulz (Grasset)
Essais
  • Antony Beevor, Ardennes 1944 (Calmann-Lévy)
  • Didier Blonde, Leïla Mahi 1932 (Gallimard)
  • Pierre Boncenne, Le parapluie de Simon Leys (Philippe Rey)
  • Serge Bramly, La transparence et le reflet (Lattès)
  • Jean-Michel Delacomptée, Adieu Montaigne (Fayard)
  • Cynthia Fleury, Les irremplaçables (Gallimard)
  • Nicole Lapierre, Sauve qui peut la vie (Seuil)
  • David Le Breton, Disparaître de soi (Métailié)
  • Gilles Sebhan, Retour à Duvert (Le Dilettante)

jeudi 8 octobre 2015

Le Prix Médicis élague avec difficulté

Il semble bien difficile de réduire les listes du Prix Médicis. Les deuxièmes sélections (mais c'est la première pour les essais) comptent encore 11 romans français et 8 romans étrangers (ainsi que, donc, 9 essais). Alain Defossé, Olivier Demangel, Fabrice Guénier et Boualem Sansal ont été écartés des romans français - la cote de Boualen Sansal serait-elle en baisse? Oya Baydar, Jane Gardam, Alessandro Mari, Joyce Carol Oates et Nathaniel Rich, des romans étrangers - alors que le nom de Joyce Carol Oates est toujours cité parmi les favoris du Nobel de littérature qui sera attribué dans quelques heures.
Autant dire qu'il est tout aussi difficile, au commentateur lointain que je suis, d'imaginer ce que pourrait être la décision annoncée, le 5 novembre, par ce jury. On y verra peut-être (mais ce n'est pas sûr) plus clair après la publication des dernières sélections, le 28 octobre.
En attendant, voici l'état des lieux.


Romans français
  • Nathalie Azoulai, Titus n’aimait pas Bérénice (P.O.L.)
  • Christophe Boltanski, La cache (Stock)
  • Charles Dantzig, Histoire de l’amour et de la haine (Grasset)
  • Maryline Desbiolles, Le beau temps (Seuil)
  • Sophie Divry, Quand le diable sortit de la salle de bain (Noir sur blanc, Notabilia)
  • Hédi Kaddour, Les prépondérants (Gallimard)
  • Aram Kebabdjian, Les désoeuvrés (Seuil)
  • Laure Limongi, Anomalie des zones profondes du cerveau (Grasset)
  • Fabrice Loi, Pirates (Gallimard)
  • Antoine Mouton, Le metteur en scène polonais (Bourgois)
  • Delphine de Vigan, D’après une histoire vraie (Lattès)
Romans étrangers
  • Javier Cercas, L’imposteur (Actes Sud)
  • Hakan Günday, Encore (Galaade)
  • Deepti Kapoor, Un mauvais garçon (Seuil)
  • Eirikur Orn Norddahl, Illska (Métailié)
  • Anna North, Vie et mort de Sophie Stark (Autrement)
  • Robert Seethaler, Une vie entière (Sabine Wespieser)
  • Jon Kalman Stefansson, D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds (Gallimard)
  • Agatha Tuszynska, La Fiancée de Bruno Schulz (Grasset)
Essais
  • Antony Beevor, Ardennes 1944 (Calmann-Lévy)
  • Didier Blonde, Leïla Mahi 1932 (Gallimard)
  • Pierre Boncenne, Le parapluie de Simon Leys (Philippe Rey)
  • Serge Bramly, La transparence et le reflet (Lattès)
  • Jean-Michel Delacomptée, Adieu Montaigne (Fayard)
  • Cynthia Fleury, Les irremplaçables (Gallimard)
  • Nicole Lapierre, Sauve qui peut la vie (Seuil)
  • David Le Breton, Disparaître de soi (Métailié)
  • Gilles Sebhan, Retour à Duvert (Le Dilettante)